Le rire de l’ogre

Prix du roman Fnac 2005, le rire de l’ogre est un roman qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Guerre et amour s’y entremêlent dans une constante opposition.

Le narrateur, Paul, a seize ans quand il rencontre la jolie Clara. Elle est fille d’un médecin de la Wehrmacht complice involontaire d’un acte inhumain, tandis que le père de Paul a été assassiné, probablement à cause de son implication dans la résistance. Désormais, et malgré leurs destins divergents, Paul et Clara sont étroitement liés l’un à l’autre.

Ils s’éloignent, grandissent, vieillissent, mais se retrouvent de loin en loin, parfois après des années sans nouvelles. Clara, devenue photoreporter, est fascinée par la violence et la mort. Elle parcourt les théâtres de guerre dans le monde entier. Paul trouve sa voie dans la sculpture et semble mener une existence sereine entre épouse et enfants, mais il est sans cesse bouleversé par le souvenir de ces drames survenus dans le passé. Clara surgit à intervalles irréguliers dans sa vie, comme un ouragan imprévisible. Grâce à elle, Paul découvre pourquoi et par qui son père a été assassiné.

Pierre Péju, par ses phrases ciselées avec émotion, nous fait ressentir exactement ce que vivent les personnages. Même les scènes anodines sont peintes avec justesse et originalité.

Tout à coup, il voit les miliciens et leurs fusils. Ils sont plus nombreux qu’il ne pensait. Noirauds, agités. Il voit aussi le trou béant où enterrer les gosses. Il voit le ciel au-dessus de la clairière et les oiseaux qui s’enfuient. Il avance un peu, tenant toujours les deux enfants, puis, à quelques mètres des bourreaux, il défait l’étreinte, et les pousse en avant, avec une infinie délicatesse, voyant une dernière fois leur cou si menu, le duvet de leur nuque. Alors, imitant les deux petits, tous les autres vont s’accroupir au bord de la fosse.

Un roman fort et dur, témoignant sans concessions du poids que les drames passés peuvent avoir sur les générations suivantes.

Ce que j’ai cherché à comprendre, c’est comment des êtres parviennent, non pas à faire individuellement le mal –ça, c’est facile !–, mais à produire, ensemble, une si grande quantité de mal qu’à partir d’un certain moment personne ne peut plus rien arrêter, et les horreurs prolifèrent, comme une mousse noire.