Venge-moi !

Pendant la guerre, Simon (le narrateur), alors petit garçon, a été envoyé à la campagne pour le mettre à l’abri, car toute la famille est juive. Heureusement pour lui, puisque ses parents sont déportés, et sa mère seule est revenue des camps de concentration. Traumatisée, submergée par d’atroces souvenirs, elle a transformé leur appartement parisien en musée de la déportation, collectionnant les objets, les reliques, et les photos, sur lesquelles elle cherche à retrouver son époux.

L’enfance de Simon a été terrible, dans un tel contexte. Comme s’il avait connu lui-même ces atroces conditions de vie, il ne supporte pas la foule, certains bruits, et il est incapable de se faire des amis. À l’adolescence, c’est encore pire, surtout avec les filles. Il grandit, pourtant, fait des études et devient enseignant.

Sa mère vieillit. Sur son lit de mort, elle lui révèle la vérité : ils ont été dénoncés. Elle cite même le nom de la coupable, et fait jurer à Simon de la retrouver, et de la tuer !

À partir d’indices microscopiques, avec de la patience et un peu de chance, Simon se lance à la recherche de cette femme, sans savoir ce qu’il fera s’il la retrouve. Au bout de sa quête, une surprise l’attend…

Patrick Cauvin prend vraiment son temps pour planter le décor, pour laisser Simon grandir au fil de l’histoire qui s’étend sur plusieurs années, et pour baigner le lecteur dans l’ambiance glauque et épaisse des mauvais souvenirs, de la solitude et du ressentiment. Les images proposées sont fortes, mais en noir et blanc. Par-dessus tout, j’ai trouvé les personnages remarquablement bien plantés et crédibles.

Rythme lent, donc, et intrigue suffisamment bien ficelée pour réserver plusieurs surprises de taille. Car même si j’ai cru entrevoir la chute finale, j’étais loin de penser à ceci !

Ce n’est sans doute pas un livre extraordinairement haletant, mais il est très bien documenté et très agréable à lire.

Le silence de Clara

SilenceClaraSon nom est Bond, mais son prénom est Ferdinand, ce qui casse un peu l’effet, évidemment. Il bosse dans le cinéma, fréquente quelques célébrités et n’a aucun souci matériel. Il a rencontré Lorna, de qui il est rapidement et éperdument tombé amoureux. Ils se sont mariés, ils ont été heureux, et ils ont désiré un enfant. La petite Clara est née, enfant de l’amour, enfant du bonheur.

Oui, mais Clara ne parle pas, ne les regarde pas, ne sourit jamais. Parce qu’elle est autiste. Pour Bond et Lorna, la vie devient un enfer. Clara a des crises, elle exige beaucoup de présence, énormément d’attention, mais n’offre en retour aucune des satisfactions que de jeunes parents sont en droit d’attendre. Ils n’ont de la part de leur fille aucune tendresse ni aucune reconnaissance, au point que Lorna s’en va. Avec un autre homme, mais ce n’est qu’un prétexte. Elle fuit, tout simplement.

Voici un livre dont la construction est assez particulière. Il commence par une tragédie familiale, se poursuit en drame conjugal, bascule presque dans le fantastique et s’achève en polar.

L’autisme n’est qu’une toile de fond, absolument pas le sujet principal. Le thème central est une sorte de quête effectuée par des parents prêts à tout pour aider leur fille et comprendre ce qui se passe dans sa tête. Car Clara, qui n’a jamais réussi à prononcer un mot ni à tracer autre chose que des traits approximatifs, écrit un beau jour une phrase tout à fait cohérente, apparemment tirée du journal d’une expédition en Alaska, et datée dans le futur. Comment ces mots sont-ils venus à son esprit ? Comment la fillette handicapée a‑t-elle pu les coucher sur le papier ? Que s’est-il passé longtemps auparavant dans la famille de Lorna ?

C’est le début d’une recherche dans le passé, dans un petit village déserté par ses habitants. Il faudra beaucoup de patience et de l’intuition pour s’y retrouver dans ce labyrinthe de mensonges, de mystères, et de révélations.

C’est prenant, c’est émouvant, c’est plein de suspense, c’est étonnant, c’est bourré d’imagination, de tendresse et de surprises. J’ai beaucoup aimé.