La solitude des nombres premiers

Nous faisons la connaissance d’Alice et Mattia alors qu’ils sont encore enfants, puis nous les accompagnons le long de leurs vies, jusqu’à ce qu’ils aient une trentaine d’années. Alice boite depuis un accident de ski. Elle n’était qu’une petite fille et elle estime que c’est son père qui est responsable. Adolescente raillée par ses amies, sans communication avec ses parents, elle sombre dans l’anorexie. Mattia avait une sœur jumelle. Elle était attardée, il en avait honte. Alors, encore enfant, il la laisse dans un parc pour se rendre chez un copain, mais elle disparait, probablement noyée. Il en garde un profond sentiment de culpabilité.

Alice s’isole des autres par la passion qu’elle a pour la photo. Mattia creuse un espace de vide autour de lui et se réfugie dans le monde des mathématiques. Chacun compense parfaitement les carences de l’autre. Leurs esprits semblent liés par un fil élastique. Ils sont faits l’un pour l’autre, mais ils ne le savent pas ou ne veulent pas le voir. Plusieurs fois, la vie les réunit, à chaque fois ils se séparent, par accident, par non-communication, par peur…

Ce livre semble parler directement au cœur. Paolo Giordano a su trouver les mots exacts pour transmettre au lecteur le sentiment précis qu’il désire lui faire éprouver. Ainsi, nous ressentons de manière presque palpable la profonde détresse d’Alice et Mattia, leur impossibilité absolue à trouver leur place dans le monde des gens normaux. Le ton général est triste et mélancolique. On a envie de prendre les protagonistes par les épaules et de les secouer à chaque fois que le bonheur est à un pas d’eux, mais qu’ils refusent d’effectuer cet ultime pas, reculant dans l’ombre de leur morosité par crainte de l’inconnu.

L’auteur possède semble-t-il une parfaite connaissance des sentiments humains, et une parfaite maîtrise de la manière de les transmettre. J’ai beaucoup aimé.