La goutte d’or

GoutteOrIdriss est un jeune Berbère d’une quinzaine d’années. Il vit dans les années 70 à Tabelbala, une oasis au fond du Sahara. Sa vie est aussi dépouillée que le paysage qui l’entoure, et son avenir n’est pas plus riant. Bien sûr, il est attiré par les promesses de la France, dont il ne sait en réalité presque rien.

Un jour, un couple en Land Rover passe par là. La femme, blonde, le prend en photo. « On te l’enverra quand on sera revenus en France », affirme-t-elle. Mais évidemment, rien n’arrive. Alors, Idriss se sent volé, car son image lui a échappé, et il décide d’aller la chercher à Paris.

Ce n’est bien sûr qu’un prétexte à partir du bout du monde où il vit, mais pas seulement. Beaucoup de choses tournent autour de l’image, dans ce roman. L’image et l’importance qu’elle a. L’image que l’on donne aux autres, l’image qu’ils ont de nous, les miroirs qui nous renvoient la nôtre, les décors de cinéma qui font croire qu’on est ailleurs, le maquillage qui triche, etc.

Avant son départ, une danseuse vient dans l’oasis d’Idriss. Elle porte un bijou extraordinaire, la goutte d’or. Elle le perd, Idriss le trouve et s’en va avec ce talisman, image de liberté. À mesure qu’il s’éloigne de chez lui, il découvre le monde et apprend beaucoup, dans un passionnant voyage initiatique. À peine débarqué à Marseille, il se fait dérober son bijou par une prostituée. Une blonde, encore. Il parvient néanmoins à Paris, et bien sûr le choc culturel est énorme.

À mesure que le temps passe, Idriss se rend compte que l’abondance qui l’entoure n’est encore qu’une image, une illusion.

À Tabelbala, on n’a rien, mais on ne manque de rien. C’est ça une oasis.

Que va devenir ce garçon dans la Ville lumière ? Pourra-t-il perdre son immense naïveté sans perdre aussi ses valeurs et ses qualités ?

J’ai beaucoup aimé me laisser entraîner par ce conte de Michel Tournier, qui prend par moment des allures de roman d’aventures tant le contraste est violent entre l’oasis de Tabelbala et le monde moderne auquel Idriss se trouve confronté. Les réflexions sur l’image sont davantage que de simples phrases. Elles soulèvent des questions et incitent à la méditation.

Le signe est esprit, l’image est matière.