Histoires

Avec Marie-Hélène Lafon, il ne faut pas s’attendre à des histoires palpitantes truffées de personnages à la psychologie complexe ou agitée, agrémentées de suspense et de rebondissements sans fin. Pas du tout. Elle nous parle de son terroir, le Cantal, et surtout des gens qui le peuplent.

Dans ce recueil de nouvelles (dont certaines remontent à quelques années), nous croisons un chef d’exploitation, des vieilles du village, un simplet, une jeune fille, des familles, des enfants, des animaux de la ferme… Tout ce qui fait la vie de la France profonde, loin des villes, loin de la culture. Ce sont des gens pour qui Paris est aussi distante que la Lune, qui ont pour principales préoccupations le temps qu’il va faire (à cause des travaux des champs) et le regard des autres.

Il ne s’agit ni d’une propagande en faveur de la campagne, la pureté de son air et la simplicité des relations humaines, ni à l’inverse d’une critique éreintante de ce mode de vie d’un autre siècle, si rude et si dur que l’existence est plus brève. Il s’agit en quelque sorte d’un album de photos. On voit défiler des gens, des scènes, des âmes.

Derrière tout ça, il y a la plume magnifique de cette auteure qui écrit comme d’autres peignent, à petites touches précises, juste ce qu’il faut là où il faut. Elle le reconnaît, pour elle, l’écriture est plus importante que ce qui est dit. Elle éprouve un grand plaisir à ciseler ses phrases, à brosser ses tableaux, à partir d’un élément insignifiant de la vie rurale, et elle tricote autour un récit qui tient plus de la poésie que de la narration.

Tout ça à propos d’une région où beaucoup savent à peine lire !

Quelques-uns, ou quelques-unes, sans doute, avaient, avant elle, mâchonné des lettres indécises, vaguement apprises, lentement dégluties et oubliées, tombées dans la désuétude certaine de ce qui ne nourrit pas.

Goncourt de la nouvelle 2016

Joseph

JosephIl n’y a pas vraiment d’histoire, dans ce livre. Pas de fil conducteur, pas de suspense, pas de grandes questions existentielles, pas de quête ni de chute percutante. Pourtant, je vous assure qu’on ne s’ennuie pas une seconde !

Marie-Hélène Lafon nous parle de Joseph. Joseph est un ouvrier agricole qui vit dans le Cantal. Durant toute sa vie, il a loué ses services et ses bras aux exploitants de la région. Il connaît toutes les fermes. Il est travailleur, compétent et apprécié. Lorsqu’il était jeune, il est tombé amoureux, mais ça s’est très mal passé, et il a sombré dans l’alcool. Il a eu beaucoup de difficultés à s’en sortir. À présent, à la soixantaine, il songe à se retirer avec l’argent qu’il a pu mettre de côté.

Voilà, j’ai à peu près tout dit. On découvre cet homme humble et fruste qui n’a pas eu le bonheur qu’il méritait, on découvre le monde tel qu’il le voit, on découvre la vie du terroir, que l’auteure connaît fort bien puisqu’elle est originaire de cette région et de ce milieu.

Ce que je ne peux pas dire, c’est la poésie de ce bouquin, la force des mots, la puissante simplicité des phrases qui les rend si belles et si percutantes à la fois.

C’est un régal, un plaisir, ça se lit sans effort et l’on en ressort tout léger.