Le garçon

Par son originalité, son style parfait, la délicatesse de la plume, ce livre laissera une trace dans la littérature.

Nous suivons le parcours du garçon de 1908 à 1938. Qui est-il ? Nous l’ignorons. Un pauvre hère, un gosse de paumé. Nous n’en saurons pas plus, et nous ne connaîtrons même pas son nom. Il n’en a probablement pas, et il ne prononcera pas un mot de tout le roman.

En 1908, quand meurt sa mère, il n’est encore qu’un enfant, qui se retrouve livré à lui-même dans le milieu hostile de la nature. Car il a toujours vécu comme un sauvage et il n’a pratiquement jamais vu d’autres êtres humains.

Il va en rencontrer, bien sûr, il va devoir se faire accepter. Il va même trouver l’amour, en la personne d’une femme exceptionnelle. C’est bien ce qu’il fallait, pour aller avec quelqu’un comme le garçon.

Et puis, il y aura la guerre, et le garçon va y être mêlé. Il va la subir comme il a subi tant de souffrances auparavant, mais bien sûr elle ne va pas le laisser intact. Car cette Première guerre mondiale a été atroce, et c’est avec un art extraordinaire et une précision terrible que Marcus Malte nous la décrit.

La magie de la guerre. Qui tout transforme, hommes et relief. Mets un casque sur le crâne d’un boulanger et ça devient un soldat. Mets un aigle sur son casque et ça devient un ennemi. Sème, plante des graines d’acier dans un champ de betteraves et ça devient un charnier.

Le garçon est une sorte de sauvage déshumanisé qui supporte tout, qui accepte tout ce qui lui arrive, le bon comme les pires choses de la vie, avec la même indifférence qu’un animal accepte la pluie ou le soleil avec stoïcisme ou reconnaissance, mais sans états d’âme. Le regard que le garçon pose sur le monde est vierge de tout a priori, de tout jugement. Il est pur, si profondément qu’il le reste même après les épreuves de la guerre et les blessures, physiques et mentales, qu’il en rapporte.

La maîtrise du rythme est parfaite, le style impeccable et poétique. Pour preuve, il y a une extraordinaire phrase de 1182 mots qui explique avec une certaine ironie et de manière aussi claire que possible les liens d’intérêt extrêmement complexes qui unissaient les différentes familles qui dirigeaient les pays composant l’Europe de 1914. On comprend (ou on devine) comment une petite étincelle a mis le feu aux poudres, et comment, à cause de ces liens, tous ces pays se sont trouvés engagés dans l’horreur les uns après les autres, comme des dominos. Le tout est présenté avec esprit, humour et précision.

Je le répète : c’est un livre hors du commun.

Prix Femina 2016