Avenue des géants

AvenueGéantsCe bouquin fait frémir, car il plonge le lecteur dans les pensées d’un psychopathe, tueur en série. C’est un roman, mais il s’appuie sur des faits réels, et sur la vie d’un assassin, Edmund Kemper, qui est toujours vivant à l’heure où j’écris ces lignes, à la prison d’État de Vacaville, en Californie.

Marc Dugain s’est inspiré d’Edmund Kemper, toutefois il n’a pas tenté d’en faire la biographie, bien que le personnage du livre, qui se nomme Al Kenner, ait de nombreux points communs avec lui.

L’histoire se déroule alternativement à notre époque et dans les années 70, période où les meurtres ont eu lieu. Au présent, Al Kenner s’entretient avec une visiteuse de prison, le récit se fait à la troisième personne. Pour les retours dans le passé, qui représentent la plus grosse partie du bouquin, Al devient le narrateur. C’est là que le lecteur se retrouve dans ses pensées, froides et implacables.

Edmund Kemper

Edmund Kemper

À quinze ans, Al n’a aucune notion du bien et du mal. Il mesure déjà deux mètres vingt et possède un Q.I. astronomique. Mais il a subi durant toute son enfance le rejet, la haine et la violence psychologique de sa mère, et c’est cela qui l’a rendu fou. Il abat de sang-froid sa grand-mère, qui lui rappelle sa mère, ainsi que son grand-père qui était là au mauvais moment. Il est interné et suit un traitement qui semble efficace. Al retrouve la liberté et s’intègre tant bien que mal à la vie en société, loin de sa mère. Bien sûr, ses relations avec les femmes sont faussées par l’image maternelle, notamment sur le plan sexuel, cependant il semble pouvoir vivre une existence relativement normale.

Un jour, un banal accident de moto remet en question cet équilibre instable…

Le roman est tout en contrastes. Il y a le calme affiché par Al Kenner opposé à l’atrocité de ses actes ; il y a la prison dans laquelle il est désormais confiné, opposée aux grands espaces parcourus à travers les États-Unis ; il y a la fragilité des victimes opposée au physique impressionnant du tueur…

Le récit est très habilement construit pour faire monter la pression dans l’esprit du lecteur. Par moment, des informations sont lâchées sur la suite. Ainsi, on sait ce qui va arriver, et l’on voit comment cela arrive, inexorablement, comment Al en vient à faire ce qu’il fait, toujours avec le calme qui le caractérise.

Sauf la fin. Là, au contraire (encore une opposition), le lecteur ne soupçonne rien, ne voit rien venir. Il se rend compte que tout s’est fait à son insu, comme d’ailleurs les choses se sont passées dans la réalité pour Edmund Kemper. Terrifiant, et terriblement prenant.