Comment les fourmis m’ont sauvé la vie

PR_P_NEVAI_EXE_2.inddSi vous aimez les bouquins qui sortent de l’ordinaire, vous serez servis avec celui-ci. Crane (la narratrice) a le visage difforme car sa mère, qui ne voulait pas d’elle, a tenté de provoquer une fausse-couche. Puis elle l’a affublée de ce prénom d’origine sioux (comme elle-même) qui désigne une grue migratrice. Il y a trois adultes, puisque le père, ancien prédicateur douteux, est bigame (une femme qui passe son temps à réciter la bible, une autre qui se prostitue), et trois enfants (Crane est la dernière) qui n’ont jamais été scolarisés. Tout ce monde vit dans la saleté et la pauvreté. Crane est surdouée et le cache pour ne pas être remarquée, et survivre.

Un jour, un lac est creusé non loin de la cabane où vit cette étrange famille, et la civilisation arrive sous forme d’une petite ville. La cabane est rasée, les enfants placés. Crane se retrouve adoptée par une femme qui ne voit le monde qu’à travers les magazines féminins et la reconnaissance sociale. Le seul salut de l’adolescente vient de l’étude des fourmis…

Lucia Nevaï raconte cette histoire avec un mélange d’humour et de gravité. Car le sujet n’est pas drôle, il faut l’avouer. À travers ce conte, elle propose un regard sans pitié sur notre société.

Quand les gens qui s’occupent de vous ne tirent aucun enseignement de leurs fautes, c’est à vous de le faire, mais sans qu’ils s’en avisent.

Le style est particulier. C’est vraiment un roman hors des sentiers battus, au rythme lent, qui peut déstabiliser le lecteur habitué à des formes plus classiques. Plusieurs points ne sont pas expliqués en détail, il faut faire l’effort de lire entre les lignes, de comprendre ou de deviner. Les indices sont là, il faut être attentif. Le résultat est un livre avec lequel on ne s’ennuie pas, c’est le moins qu’on puisse dire !