La petite communiste qui ne souriait jamais

PetiteCommunisteQui n’a pas entendu parler de Nadia Comaneci, la petite gymnaste roumaine qui, à 14 ans, a obtenu au JO de Montréal (en 76) la note parfaite et impossible de 10 ? Impossible, mais elle l’a eu, ce 10 qui a affolé les ordinateurs incapables d’afficher deux chiffres. Ils montraient donc un 1, tandis que les juges, doigts des deux mains écartés, tentaient de corriger. (Voir la vidéo)

Parfaite, cette gamine, cette fillette acharnée à parvenir au sans-faute ? Sans doute, mais qu’y avait-il derrière ses performances ? Quel a été le prix à payer ? La petite athlète adulée a fini par fuir son pays et a passer à l’Ouest en 89. Pourquoi, alors qu’elle était choyée par les plus hautes instances ?

Lola Lafon a fait de ce bouquin une sorte de reportage, à la narration entrecoupée par des extraits de conversations qu’elle a eues avec Nadia elle-même. Aujourd’hui encore, celle-ci est partagée entre son désir de parler de ce qui s’est vraiment passé, de ce qu’était réellement son pays, et son envie de dissimuler certains points. Le livre regorge également d’anecdotes plus ou moins connues à propos de ce bébé-champion.

Qu’est-il arrivé avant son avènement ? comment a‑t-elle été choisie et entraînée ? Qui était Bela, son coach ? Comment ont-ils pu être pris au sérieux, alors qu’elle était si jeune ?

Il y a aussi l’après. La puberté de Nadia, son corps qu’elle ne reconnait plus, ses seins naissants qui la déséquilibrent, le regard des hommes qui se fait différent, l’impression de devenir un monstre.

Et plus tard encore, les pressions subies, l’image de la Roumanie, qu’elle est censée incarner, l’utilisation qui est faite de sa personne, sa soif de liberté, alors que sa célébrité lui a malgré tout ouvert des portes qui, sans cela, seraient restées closes.

Il n’y avait pas de farine ? C’est vrai. On était tous en uniforme ? Vrai ! Vrai ! On ne se moquait pas des enfants qui ne portaient pas la “bonne marque” de sweat-shirt, les vêtements étaient des vê-te-ments, pas des symboles !

La seconde partie du bouquin, plus courte, parle de la Roumanie après Nadia. A‑t-elle indirectement contribué à la chute du régime dictatorial ?

Mes parents, sous Ceausescu, allaient à la mer et à la montagne, au restaurant, au concert, au cirque, au cinéma, au théâtre ! Tout le monde gagnait plus ou moins la même chose, les prix n’augmentaient presque pas ! Ils avaient constamment peur, c’est vrai, peur qu’on ne les entende dire des choses interdites, aujourd’hui, on peut tout dire, félicitations, seulement personne ne vous entend… Avant, on n’avait pas l’autorisation de sortir de Roumanie, mais aujourd’hui, personne n’a les moyens de quitter le pays… Ah, la censure politique est terminée, mais pas de souci, elle a été remplacée par la censure économique !

Et l’Ouest, est-ce vraiment mieux ?

Le laboratoire de petites filles, ce système tellement décrié de dressage de gymnastes communistes, l’Ouest l’avait formidablement reproduit dès qu’il avait pu mettre la main sur les secrets de fabrication.

Car l’enfance de Nadia a été faite de privations, de sacrifices, de souffrances, de milliers d’heures d’entraînement au cours desquelles sa vie était sans cesse en danger. Pour un 10 historique.