La vie qui m’attendait

Que les relations familiales pèsent sur notre vie est une évidence. Mais avec quelle force ces liens peuvent-ils construire ou détruire des existences ? C’est à cette question bien plus compliquée qu’il n’y paraît que Julien Sandrel s’attaque dans ce roman.

Romane, la narratrice a la quarantaine et vit à Paris. Elle est médecin, a perdu sa mère lorsqu’elle était toute petite, et vient seulement de quitter son père avec qui elle a une relation fusionnelle. Elle est hypocondriaque, angoissée, extrêmement mal dans sa peau, se trouve moche et n’a bien sûr pas d’homme dans sa vie.

Au cours d’un examen, une de ses patientes lui déclare qu’elle l’a aperçue quelques jours auparavant dans un hôpital marseillais, en train de consulter un pneumologue. Pourtant, elle ne n’y était pas. Toutefois, un détail surprend Romane : la femme vue à Marseille était rousse. Hors Romane, bien qu’elle se teigne en brun, est en réalité rousse. De qui s’agissait-il ?

Romane décide d’en savoir plus et se rend dans la cité phocéenne. Là, sa vie va basculer. Je vais dévoiler un tout petit point, ce qui sera sans conséquence, car le lecteur le devine très rapidement : elle découvre qu’elle a une jumelle, Juliette.

Qui sont les vrais parents des sœurs ? Pourquoi chacune ignorait-elle l’existence de l’autre ? Quel événement est à l’origine de cette situation ? Quels secrets de famille restent à dévoiler ? Je n’en dirais évidemment pas davantage.

Romane va devoir sortir de la coquille protectrice qui l’isole du monde. Elle va devoir détruire toutes les barrières qu’elle a érigées durant sa vie pour se mettre à l’abri de tout ce qui lui fait peur, car cette fois elle sera obligée d’affronter les problèmes au lieu de les fuir. Elle va en quelque sorte apprendre à jouer son vrai rôle.

Sans doute pour cela, l’auteur a placé son histoire sous le signe du théâtre. Elle se déroule à Avignon en plein festival, Romane va rencontrer un acteur, et bien sûr, les prénoms de Romane et Juliette ne sont pas dus au hasard.

Elles vont devoir inventer (improviser ?) une relation de sœurs, elles qui étaient jusqu’alors filles uniques, découvrir que leur passé était un mensonge, et en plus, elles vont devoir faire face à la maladie et à la mort.

Petit à petit, le lecteur voit Romane se transformer, surmonter ses blocages, tisser des rapports avec des personnes dont elle ignorait tout, et s’avancer vers cette vie qui l’attendait sans qu’elle le sache.

J’ai assisté à une présentation du livre par Julien Sandrel, et j’ai découvert un homme extrêmement sensible, très attentif aux relations entre les gens, avec une forte envie de transmettre ses valeurs dans ses livres.

La chambre des merveilles

Thelma élève seule son fils de douze ans, Louis. Si l’association de ces deux prénoms vous rappelle un vieux film, c’est normal, toutefois c’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Les détails sont dans le livre.

Thelma est cadre supérieur dans une grosse boîte, elle ne pense qu’à sa carrière, fait passer son boulot avant tout le reste, même pendant les week-ends elle ne compte pas les heures, ne vit que pour ça.

Le jour où Louis veut lui confier qu’il est amoureux, elle est au téléphone avec son responsable. Déçu et grognon, il part sur son skate… Sous les yeux de Thelma, il est percuté par un camion.

Louis sombre dans le coma, il est placé sous assistance respiratoire, bardé de tuyaux et de perfusions. Le pronostic vital est engagé, les médecins sont pessimistes. Si l’électroencéphalogramme est toujours plat dans quatre semaines, il faudra le « débrancher », car ce serait de l’acharnement thérapeutique.

Je craignais plus que tout de rentrer chez nous, seule. Devoir faire face à lui sans lui.

Confrontée à ce terrible compte à rebours, Thelma prend conscience de ce qui est important dans sa vie. Elle est persuadée que son fils l’entend et comprend ce qu’elle lui dit. Lorsqu’elle trouve sous le matelas de Louis un carnet qui contient les « merveilles », les choses qu’il veut accomplir dans son existence, elle prend une décision. Ces rêves, elle va les concrétiser à sa place et lui raconter comment ça s’est passé, avec tous les détails, pour lui montrer que la vie vaut le coup d’être vécue, pour donner à son enfant envie de se battre et de repousser la mort.

Bien sûr, c’est totalement irréaliste. Je ne vois pas quel parent pourrait, pendant que son fils est à inconscient dans un hôpital, aller faire du karaoké à Tokyo, sauter dans un taxi en criant « Suivez cette voiture », et demander à sa prof de maths si elle peut lui toucher les seins de sa part !

Toutefois, il y a là bien plus qu’une simple chasse aux exploits adolescents effectués par une maman presque quadragénaire. L’auteur fait suivre aux rêves de Louis une progression qui ne doit rien au hasard. Grâce à eux, Thelma part à la rencontre de l’existence à côté de laquelle elle est complètement passée jusque là. Elle se réconcilie avec sa mère, découvre des gens qu’elle regardait à peine auparavant, s’ouvre aux autres, s’épanouit, prend goût à tout ce qu’elle méprisait. Elle veut aider son fils à rester en vie, c’est elle qui renoue avec la sienne.

Certes, il y a des coïncidences aussi nombreuses que peu crédibles : l’ami de celui-ci est justement le frère de… Et sa fille est précisément celle qui… Il ne faut pas prendre ce roman au pied de la lettre, seulement comme l’histoire d’une mère prête à tout et n’importe quoi pour sauver son fils, mais comme un conte initiatique plein d’émotions, d’humour, d’optimisme, de fraîcheur, de leçons de vie. Il est rapidement évident que ça ne finira pas mal, mais il est tout aussi manifeste qu’aucun des personnages ne retrouvera son existence d’avant. Beaucoup de rebondissements sont prévisibles, toutefois tous recèlent une surprise, surtout la chute bien sûr.

L’Écriture est simple, sans fioritures, très efficace lorsqu’il s’agit de faire ressentir une émotion au lecteur. Un dernier mot, à propos de l’aspect physique : je crois que je n’ai jamais parlé de la couverture des bouquins que je lis, cependant celle-ci est si belle que je ne peux pas éviter de la mentionner.

Merci à Julien Sandrel pour les bons moments passés avec cet excellent roman déjà traduit dans plusieurs langues, et pour les quelques phrases que nous avons échangés à la Foire du livre de Brive.