Le monde de Sophie

MondeSophieAvant de parler de ce livre, je veux remercier Mysouris et Catherine Dodane qui me l’ont fait connaître et m’ont conseillé de le lire. Voilà qui est fait. :-)

La jeune Sophie va avoir quinze ans dans quelques semaines. Elle reçoit un jour une mystérieuse lettre qui demande sans cérémonie « Qui es-tu ? » Suivent d’autres missives l’amenant à s’interroger sur elle-même et sur le monde qui l’entoure, puis elle reçoit de véritables cours de philo, qui forment la raison d’être de ce roman. Pour commencer, une définition simple et cinglante :

La seule qualité requise pour devenir un bon philosophe est de s’étonner.

Et de répondre :

N’est-ce pas au fond l’étonnement de l’homme devant l’univers qui le poussa à marcher sur la Lune ?

Sophie finit par rencontrer l’étrange prof qui est à l’origine de ces envois, et la leçon se poursuit. Elle reçoit également des lettres destinées à une certaine Hilde, qui fêtera ses quinze ans le même jour qu’elle. Mais qui est cette fille ? Pourquoi les cartes d’anniversaire que lui expédie son père depuis le Liban arrivent-elles chez Sophie ?

Ce récit n’est bien sûr qu’un prétexte pour un magistral cours de philo. De Socrate à Sartre, en passant par les penseurs les plus célèbres, c’est-à-dire de 600 av. J.-C. jusqu’à notre époque, le lecteur découvre avec Sophie les grands courants et les grandes interrogations de humanité, réflexions qui ont évidemment collé de près aux vicissitudes de l’Histoire. Savoir enfin, au moins un peu, ce qu’ont dit Hegel, Spinoza ou Kant, et déballer cette érudition à la table familiale, rien que pour voir la tête de la belle-mère…

Depuis toujours, les hommes se sont posé des questions. La philosophie, dont le nom signifie « qui aime la sagesse », est à l’origine de toutes les autres sciences. Au moyen des échanges entre Sophie et son professeur, nous visitons la physique (Le Grec Démocrite fut le premier à imaginer que la matière était constituée d’atomes), l’astronomie (quoi de mieux que l’infiniment grand pour nous resituer à notre place ?), la politique (grâce à Marx), la psychologie (à travers Freud), la religion, mettant en cause l’existence ou la non-existence d’un être suprême, etc.

Que ce soit la science, la recherche ou la technique, tout découle de la réflexion philosophique.

À quoi servent toutes ces questions ? À avancer, à progresser.

Les philosophes apprennent au monde à regarder le monde autrement. Au cœur de la philosophie, il y a l’idée de voir le monde sous l’« angle de l’éternité ».

J’ai beaucoup aimé ce magnifique cours de philo, moi qui m’y intéresse tant sans avoir jamais pris le temps de m’y pencher. J’ai moins apprécié la forme, avec cette intrigue qui n’est qu’un prétexte et qui piétine sans vraiment avancer. À la moitié de l’histoire, un gros renversement de situation redonne un élan d’intérêt à ce qui se passe, faisant coller le récit à l’interrogation capitale : qui nous a créés ? En effet, qui a créé les personnages du livre ? Et qui a créé leur créateur ?

J’ai cru comprendre que ce bouquin était initialement destiné essentiellement à de jeunes lecteurs, d’où la forme adoptée. Quoi qu’il en soit, Jostein Gaarder nous offre un superbe panorama sur la philo, qui ravira tous ceux qui aiment se poser des questions… et chercher des réponses.