De nos frères blessés

denosfreresblessesFernand Iveton a été le seul Français condamné à mort et exécuté (en février 1957) pour acte de terrorisme indépendantiste pendant la guerre d’Algérie. Son crime a été d’avoir posé dans l’usine où il travaillait une bombe qui se trouvait à un endroit où elle n’aurait fait aucune victime, et qui n’a de toute façon jamais explosé.

Ce récit assez court balance entre l’époque du procès et la jeunesse d’Iveton, afin de reconstituer autant que possible sa vie, brusquement interrompue alors qu’il n’avait que trente ans. On le voit grandir dans ce pays qu’il aimait tant, entretenir des amitiés fraternelles, tomber amoureux d’Hélène lors d’un séjour en France pour raisons de santé. En parallèle, il est arrêté, torturé, jugé, et malgré tous les efforts de ses avocats, la grâce présidentielle lui est refusée.

Le style est léger et impeccable. À coup de longs paragraphes et d’un gros travail de documentation, Joseph Andras brosse le portrait d’un homme honnête et fidèle à ses convictions, qui devient vite attachant.

J’ai décidé cela parce que je me considérais comme algérien et que je n’étais pas insensible à la lutte que mène le peuple algérien.

Ce n’est évidemment pas un livre de propagande. Malgré les propos mis dans la bouche des personnages, il ne s’agit en aucune façon de refaire l’Histoire ni de juger a posteriori les acteurs de l’époque. Il s’agit simplement de découvrir ce qui a pu pousser certains Français à prendre le parti des Algériens, et ce qui a pu empêcher les autres de les comprendre.

Je ne suis pas musulman, mais je suis algérien d’origine européenne.

Ce qui m’a principalement donné envie de lire ce bouquin, c’est que son auteur a reçu pour ce travail le Goncourt du Premier Roman en mai 2016… et qu’il l’a refusé.

La compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l’écriture et à la création. La littérature, telle que je l’entends en tant que lecteur et, à présent, auteur, veille de près à son indépendance et chemine à distance des podiums, des honneurs et des projecteurs.

Personnellement, j’approuve entièrement de tels propos.