Laisse le vent du soir décider

LaisseVentSoirDecider

J’ai rarement lu un livre qui offre autant « d’images » au fil des mots. L’auteur possède ce don si exceptionnel qui permet de décrire en quelques mots ou quelques phrases tout un décor, toute une ambiance, une scène entière dont il transmet l’essence de telle sorte que le lecteur s’y trouve immergé, la ressent et même la « voit ».

Jim Curtiss, vétéran de la guerre du Pacifique, est resté sur Hawaï après le conflit. Incapable de se détacher des images de l’horreur qu’il a connue ni de la mort de sa femme, il est devenu alcoolique et sans avenir. Il a racheté le Douglas, l’avion avec lequel il a mille fois risqué sa vie, mais l’appareil rouille dans un hangar depuis trois ans.

J’avais appris à me soigner de certaines angoisses fulgurantes, de celles qui avaient une fâcheuse tendance à rester trop souvent à l’affiche des salles de projection de mon enfer personnel.

Un soir, le Vieux lui propose de refaire sa vie sur une autre île. Jim accepte, mais pour pouvoir partir, il faut remettre en état de voler le Douglas, seul moyen de s’en aller. Commence alors la reconstruction de l’engin, mais aussi de Jim lui-même, contraint de revenir sur son passé, sur ces visages disparus, sur cette terrible guerre.

Pour emmener, aussi, ce morceau de mon histoire dans celle à venir.

Je me suis vite retrouvé happé par cette aventure d’hommes et d’amitié écrite par un passionné d’aviation. Je n’imagine même pas le travail de documentation auquel Jean-Michel Rihet s’est livré pendant des années, mais je sais (car nos routes virtuelles se sont croisées) qu’il a pris de nombreux contacts avec d’authentiques anciens combattants de cet épisode de l’Histoire. Il réussit aussi, dans ce livre, à transmettre au lecteur le sentiment de complicité qui peut unir un pilote et son avion. (Et je vous assure qu’il faut être très fort pour me faire ressentir, à moi, de la tendresse pour une machine !)

J’attends la suite avec impatience, car ce n’est là que le premier tome de la destinée de Jim Curtiss, et beaucoup de questions restent en suspens : qui a envoyé le petit carnet rouge ? Qui est le Vieux ? Qu’y a‑t-il de particulier sur cette île ? Alors, Jean-Michel, s’il te plait, ne traine pas trop.