Jean d’Ormesson 1925–2017

Désormais, tout est noir, il n’y a plus d’espoir. Les amoureux de la langue française, aux quatre coins de l’hexagone, sont tristes : Jean d’Ormesson est mort, dans la poussière et les bras en croix.

J’ai un problème, c’est que je ne l’appréciais pas spécialement. Je ne reconnais pas du tout en Jean d’Ormesson le grand écrivain qu’on nous décrit à grand renfort de larmes depuis l’annonce de son décès. Certains, pour cela, voudront refermer sur moi les portes du pénitencier en espérant que je n’en sorte plus, et que plus jamais on ne revoit ma gueule. Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ?

La première fois que j’ai lu un bouquin de lui, j’en suis resté sur le cul. Comment pouvait-on parler autant et aussi bien de si peu de choses ? J’en ai lu un second… et j’ai eu l’impression de recommencer le même. J’en ai essayé un troisième, avec toujours la même impression. Sans doute venait-il de passer dix ans de chaîne sans voir le jour, à ressasser sans cesse des propos identiques. Peu de choses, disais-je. Il n’avait apparemment pas davantage à raconter. Je n’en croyais pas mes yeux, ma vue pourtant convenablement corrigée par un célèbre opticien que je ne citerai pas ici.

Certes, M. d’Ormesson savait manier la plume. Oui, c’était un grand protecteur de la langue française, qu’il a défendue notamment lorsque des inepties telles que la réforme de l’orthographe ou l’écriture inclusive eurent allumé le feu de son ire. Son style était sans doute impeccable, lisse et sans la moindre aspérité, mais aussi sans éclat ni imagination. C’est vrai, il avait un certain humour. Mais à rabâcher encore et encore les mêmes histoires, même excellentes, on finit par lasser. Je n’ai rien pu faire pour retenir la nuit et l’ennui qui s’emparaient de moi à la lecture de sa prose.

J’apprécie pourtant en lui l’intérêt qu’il portait à notre langue. Pour moi aussi, toute la musique que j’aime vient de là, de la poésie et des mots.

J’ai la sensation que depuis pas mal d’années, Jean d’Ormesson publie chaque année son « dernier livre », dans lequel il répète inlassablement la même pseudo-autobiographie qu’on pourrait résumer par « Quand j’étais jeune, je me demandais ce que je ferai plus tard. Je n’ai toujours pas trouvé la réponse, mais la vie est belle. » Elle devait en effet être plutôt cool, pour lui qui était né avec une cuillère en argent dans la bouche et qui n’a jamais eu besoin de trop s’user les ongles pour la gagner.

Il a fini de chuter dans mon estime au Salon du livre de Paris 2016. J’ai fait la queue pour lui faire dédicacer un ouvrage pour ma mère, en lui précisant que c’était pour son anniversaire, afin qu’il se casse d’un petit mot dans ce sens. (Ma mère était une de ses ferventes admiratrices.) Il ne m’a pas regardé. Il a pris le bouquin, a griffonné un truc en forme de rature, et a tendu la main vers le suivant de la file pour lui infliger le même traitement.

En vous, M. d’Ormesson, comme en chacun de nous, amoureux des livres, il y a quelque chose de l’Académie, de ces gens qu’on surnomme des immortels. Assurément, vous auriez pu être un immortel pendant au moins une semaine, le temps que les médias se repaissent et se lassent de votre trépas. Hélas, le hasard a voulu qu’une autre vedette bien française rende l’âme quelques heures après vous. Et j’ai bien peur, M. d’Ormesson (pardonnez-moi d’être un peu rock’n roll), que question immortalité et immoralité, vous ne fassiez pas le poids. Toutefois, rassurez-vous et partez l’âme sereine, les Françaises et les Français survivront à votre sortie de scène définitive. Après tout, ils ont bien réussi à survivre (bien qu’avec difficultés il est vrai), à la mort de Cloclo…

Ah que coucou !

La conversation

Est-ce un roman historique ? Un peu, mais pas seulement. Une pièce de théâtre ? Un peu, mais pas seulement. C’est très court. Une heure de lecture, une heure de plaisir. Il s’agit d’une conversation imaginaire, mais plausible, entre Bonaparte, alors Premier Consul et son bras droit, ami et confident Cambacérès, alors Deuxième Consul.

Jean d’Ormesson a tenté, avec succès, de fixer l’instant T où l’Histoire va basculer. Comme le moment où Hannibal a décidé de passer les Alpes, ou celui où César à choisi de franchir le Rubicon. Là, Bonaparte songe à devenir Napoléon 1er, empereur des français, et réclame l’approbation de son complice.

Nul besoin de connaître à fond le contexte de cette époque. Tous les détails nécessaires à la compréhension sont fournis dans le dialogue. Si l’auteur s’est permis des libertés avec les tirades de Cambacérès, il s’en est tenu, avec davantage de rigueur, à des propos que Bonaparte a réellement tenus, bien qu’en des circonstances différentes.

Au final, on obtient un petit livre qui se lit d’une traite et qui nous apprend beaucoup sur les conditions qui régnaient en France entre Révolution et Empire, et qui nous livre quelques points de vue sans concessions sur le genre humain.


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Némascope, le 18/12/2011

J’aime beaucoup les romans historiques (et les émissions radios comme rencontre avec Mr X). Je le lirai à l’occasion.
Merci Claude.