Cent millions d’années et un jour

Stan a l’impression d’être passé à côté de sa vie. Faut dire qu’elle n’a pas été facile. Son père était violent et il buvait. Quand il buvait, il frappait sa femme, et aussi Stan, bien sûr. Les deux seules choses auxquelles l’enfant pouvait se raccrocher étaient sa mère et Pépin, le chien. Sa mère est tombée malade et elle est morte avant qu’il atteigne dix ans. Pépin, c’est son père qui l’a tué, d’un coup de fusil.

Malgré tout, au prix de beaucoup de solitude et de nombreux sacrifices, Stan a pu suivre les études dont il rêvait. Lui qui, enfant, collectionnait les fossiles, est devenu paléontologue. Toutefois, il n’a jamais brillé, il est resté un obscur professeur.

Par hasard, il tombe sur le récit d’un vieil Italien. Il y a des années, encore adolescent, il était parti dans la montagne pour aller voir une fille, et il s’était perdu. Il avait passé trois longues journées dans le froid et, surpris par un orage, il avait trouvé refuge dans une grotte. Là, il avait été terrorisé par un dragon.

Pas un vrai dragon, bien sûr, mais un squelette. Et d’après la description qu’il en fait à Stan, celui-ci est sûr de lui, il s’agit d’une espèce nouvelle de dinosaure. S’il retrouve ce fossile, ou même seulement la tête, il achèvera sa carrière sur un coup d’éclat qui rattrapera tout le reste et le rendra définitivement célèbre.

Alors, accompagné de deux amis scientifiques et d’un guide, Stan va dans la montagne à la recherche de la grotte et de son dragon…

Confrontées à l’isolement, au froid, à la fatigue, au découragement, au manque d’oxygène, aux rivalités, au temps qui passe, les personnalités des quatre hommes s’expriment librement et durement. Stan est face à un défi bien plus grand et plus ardu que tout ce qu’il avait imaginé en entreprenant cette expédition. Car c’est devant les difficultés que l’homme révèle ce qu’il est vraiment. Stan est venu chercher un squelette, il va trouver autre chose.

La plume de Jean-Baptiste Andrea virevolte. Légère, elle exprime toujours l’idée exacte par le mot précis. Même lorsque le récit se fait lourd et les péripéties dramatiques, elle reste aérienne et fluide. J’ai pris beaucoup de plaisir avec ce livre.

Ma reine

J’ai craqué au bout de deux pages, complètement tombé sous le charme de cette écriture à la fois riche et limpide, et de cette histoire attachante.

Le narrateur est un garçon d’une douzaine d’années. Il vit avec ses parents dans une station-service de l’arrière-pays provençal, sur une route très peu fréquentée. On remarque vite qu’il a un petit problème dans sa tête. Il est simplet, pour rester poli. Il est déscolarisé, isolé, sans grand espoir que ça s’arrange pour lui.

Un jour, après qu’il a failli mettre le feu à l’établissement, il surprend une conversation et comprend qu’on va l’envoyer dans un endroit spécialisé. Alors, il décide de s’enfuir.

Il veut partir à la guerre, celle qu’il a vue dans les films à la télé, d’où les héros reviennent décorés et respectés. Dans sa fugue, il parvient à un plateau qui domine la région qu’il habite depuis sa naissance et trouve refuge dans une cabane.

Le lendemain, il rencontre une gamine à peine plus âgée que lui. Elle s’appelle Viviane et lui raconte qu’elle est une reine qui vit dans un immense château, qu’il est un de ses sujets et qu’il doit lui obéir.

On ne connaîtra pas le nom du garçon, Viviane le nomme Shell à cause du blouson de la marque d’essence qu’il porte en permanence. Tous deux fuient le monde des adultes, pas pour les mêmes raisons, mais avec autant de détermination.

Jean-Baptiste Andrea réussit l’exploit d’utiliser un style littéraire très pur, très beau, parfaitement correct, tout en évoquant la narration d’un gamin au vocabulaire limité. Il y parvient en lui faisant faire des associations d’idées plutôt surprenantes à nos yeux, mais révélatrices du monde tel que Shell le conçoit.

Bien sûr, l’amitié compliquée entre Shell l’attardé fruste et Viviane la petite Parisienne n’a aucun avenir, mais il y a des tonnes de délicatesse dans la relation entre ces deux êtres à la fois semblables et sans points communs.

J’ai assisté à une intéressante présentation de l’œuvre par l’auteur, qui a pour ses personnages une passion et une tendresse communicatives. À l’évidence, il a pris un plaisir immense à écrire ce bouquin, exercice dans lequel il s’est senti beaucoup moins contraint que lors de la rédaction des scénarii qui l’ont occupé jusque-là, puisqu’il vient du monde beaucoup plus rigide du cinéma. Il a aussi précisé que son second roman était presque terminé. Je réserve un exemplaire sans hésiter !

Prix Femina des lycéens 2017