La redoutable veuve Mozart

Par une extraordinaire coïncidence, je poste cet article aujourd’hui, qui est l’anniversaire de la disparition de Wolfgang Amadeus Mozart, mort le 5 décembre 1791, il y a donc deux cent vingt-huit ans.

Il a laissé deux garçons et une veuve, Constanze, laquelle a voué à son défunt époux une admiration sans bornes qui a perduré tout au long des cinquante et une années qu’elle a vécues après lui, et qu’elle a consacrées à faire reconnaître l’immense talent de ce compositeur de génie décédé trop jeune (à 35 ans).

Dans ce livre c’est Constanze, parvenue au terme de son existence, qui parle, s’adressant à l’aîné de ses fils, Carl. Les relations entre elle et ses enfants n’ont pas été de tout repos. Elle les a écrasés du fardeau d’avoir un tel père, idéalisé au-delà du raisonnable. En particulier, elle a imposé au second d’être l’héritier d’un talent qu’il ne possédait sans doute pas, simplement parce qu’il était celui qui ressemblait le plus à son père. Les enfants avaient l’obligation d’être le prolongement de ce père qu’ils n’avaient pratiquement pas connu.

C’est cela qui la rendait redoutable, cette veuve, ainsi que son entêtement à faire reconnaître le génie de feu son mari. Et là, il faut admettre qu’elle a bien fait, même si parfois elle est allée un peu trop loin.

Constanze va tout faire pour « retenir » autant que possible son Wolfgang (comme elle l’appelait) auprès d’elle, dormant avec son masque mortuaire, cherchant à mains nues ses ossements dans la fosse commune où avait été jeté son corps, et fréquentant ceux qui l’avaient connu.

Je désirais tout savoir de ceux qui avaient approché mon Amour, pourtant leurs souvenirs me faisaient souffrir. Mais vivre sans souffrir me donnait le sentiment d’effacer ton père.

Cependant, elle s’est remariée, avec un admirateur de Wolfgang, a qui elle a imposé des conditions conjugales très strictes, et qui a rédigé une biographie du compositeur…

Ce roman est le troisième qu’Isabelle Duquesnoy consacre à la veuve Mozart. Elle s’est passionnée pour la vie de cette femme hors du commun et elle maîtrise parfaitement le sujet, livrant des anecdotes et des détails d’une rare précision.

Il est probable que si le génie musical du grand Mozart est parvenu jusqu’à nous, c’est à sa veuve que nous le devons. Et si nous connaissons l’immense détermination de Constanze, c’est assurément grâce à la passion de cette auteure. Chère Isabelle, j’ai bon espoir que vous passerez lire ces quelques lignes, j’en profite donc pour vous remercier d’avoir écrit ce magnifique bouquin.

Foire du livre de Brive 2019

Pour rien au monde je ne raterais, début novembre, la Foire du livre de Brive. J’y ai passé la journée d’hier en compagnie de ma femme. C’est un bain de foule, une bousculade qui dure des heures, qui peut en rebuter certains, mais qui ne me dérange pas. Pour moi, la multitude, c’est la vie.

Comme chaque année, les auteurs étaient là pour présenter leur dernière œuvre, sortie en général à l’occasion de la rentrée littéraire. Cette foire a lieu le week-end qui suit la remise des principaux prix, et cela n’est pas par hasard. Cette année, elle s’est déroulée quelques mois avant les élections municipales, et il y avait encore plus d’individus politiques que d’habitude, de tous les bords. Je ne citerai aucun nom pour ne pas faire une pub dont aucune de ces personnes n’est digne.

Cette manifestation attire aussi beaucoup de figures publiques : télé, ciné, chanson et autres. J’ai eu l’occasion d’apercevoir le célèbre Jammy, de C’est pas sorcier, Fabienne Thibeault, Nelson Monfort, Anny Duperey, Jacques Pradel, Jean-Michel Jarre, Christian Rauth… Je n’ai pas manqué de faire un détour par le stand de Chloé Nabédian, la ravissante demoiselle météo.

Toutefois, le plus important était le monde littéraire, c’est pour lui que j’étais venu, surtout pour croiser les auteurs, car pour ce qui est des livres… j’ai une librairie à 300 mètres de chez moi !

Isabelle Duquesnoy

J’ai fait la connaissance d’Isabelle Duquesnoy, avec qui j’ai échangé plusieurs messages au cours des deux ou trois dernières années, sans l’avoir jamais rencontrée. Je vous reparlerai prochainement de son dernier livre, La redoutable Veuve Mozart, et elle m’a appris qu’une suite de L’Embaumeur allait paraître dans quelques mois.

Michaël Launay

J’ai également échangé quelques mots avec le sympathique Mickaël Launay. Il n’écrit pas de fiction, mais des livres fascinants sur les mathématiques, mettant à la portée de tous l’extraordinaire poésie contenue dans cette discipline où beaucoup ne voient qu’une science aride. Pour preuve, son dernier livre, Le théorème du parapluie. Mickaël s’occupe aussi d’une chaîne YouTube, Micmaths, où il effectue le même magnifique travail de vulgarisation avec humour. Il est dans la vie comme dans ses vidéos : décontracté, souriant, léger.

J’ai discuté avec l’auteur portugais José Rodriguès dos Santos, qui parle très bien notre langue, et qui m’a confié que dans son dernier roman, L’homme de Constantinople, il n’a pas mis en scène Tomás Noronha, le personnage principal de TOUS ses précédents bouquins, que j’ai tous lus.

Jean-Claude Lalumière

Quelle n’a pas été ma surprise d’être abordé par un auteur qui m’a reconnu ! Il s’agit de Jean-Claude Lalumière, qui écrit des livres pleins d’humour avec qui j’avais échangé plusieurs messages il y a neuf ans. Quelle mémoire ! Nous reparlerons bientôt de son dernier livre, Reprise des activités de plein air.

Deux Sylvain ont brillé pendant cette rentrée littéraire. Tesson a eu le Renaudot avec La panthère des neiges et Prudhomme le Femina avec Par les routes. Tous deux étaient présents dans les allées de cette foire.

Victoria Mas

Je tenais à me procurer le livre de Victoria Mas, dont j’ai entendu dire beaucoup de bien. C’est Le bal des folles, dont l’action se passe à la Salpêtrière à Paris, un quartier que j’ai beaucoup fréquenté lors de ma jeunesse parisienne. Plaisir de découvrir une auteure charmante et passionnée par son sujet, avide à l’évidence d’aller à la rencontre des lecteurs.

Après bien des hésitations (car mon budget déjà mis à mal n’est pas extensible à l’infini), je me suis dirigé vers Laurent Binet qui vient d’obtenir le Grand prix du roman de l’Académie française pour son uchronie Civilization, qui est, paraît-il, à la fois captivante, drôle et érudite.

Laurent Binet

Et tous ceux que je n’ai fait que croiser : Franck Bouysse, Sorj Chalandon, Jérôme Loubry, Érik L’Homme, Marc Levy, Jean Teulé, Emmanuelle Favier, Emmanuelle Urien, Sébastien Spitzer, Jim Fergus, Amélie Nothomb, Alexis Michalik, Bernard Werber, Franck Pavloff, Yasmina Khadra, Irène Frain, Aurélie Valogne, Jean D’Aillon, Jean-Guy Soumy, Virginie Grimaldi, Romain Puertolas, Katherine Pancol, Lætitia Colombani, Mazarine Pingeot, Yann Queffélec.

Vivement l’année prochaine que j’y retourne…

L’Embaumeur

Le titre complet est L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard. Confession, car le bouquin tout entier est un très long soliloque, celui de Victor Renard, qui est jugé (il risque la peine de mort) pour une faute que le lecteur ne découvrira que dans les ultimes pages. Au cours de cette audience, qui s’étend sur onze jours, il raconte sa vie, comment les circonstances de sa naissance l’ont entraîné dans cette existence, laquelle l’a amené à commettre la faute en question.

Victor Renard vit à l’époque de la Révolution française, au cours d’un chapitre, il assiste à la décapitation de Louis XVI. Né dans la pauvreté, avec une déformation du cou, haï par son atroce mère, et après avoir survécu de diverses manières, il devient embaumeur. Aujourd’hui, on dirait thanatopracteur. Contrairement à ce que les historiens ont cru pendant longtemps, cette pratique a toujours été assez courante, et non réservée aux gens aisés. Bien sûr, il y avait différentes qualités d’embaumement, selon la fortune de la famille.

Le cœur, organe d’importance très symbolique, faisait l’objet d’un soin spécial, puisqu’il était souvent momifié à part.

Mais ce qu’on ignore, car il en est rarement fait mention, c’est que ces mumies de cœurs ont été utilisées pour donner une couleur brun foncé à des œuvres peintes, surtout les cœurs de rois et de reines, qui étaient particulièrement appréciés pour cet usage. Il y a donc de nombreux tableaux exposés au Louvre et dans d’autres grands musées, réalisés avec ce procédé ! Certains peintres, tel Martin Drölling, était coutumiers de cette méthode.

Wouahou ! Vous ne regarderez plus jamais une toile comme avant, et moi non plus.

Pour écrire ce roman magnifique, Isabelle Duquesnoy a bossé pendant dix années, au cours desquelles elle a effectué un travail de documentation colossal. Sans doute a‑t-elle a vraiment visité le Paris de la fin du XVIIIe siècle, tant le décor de ce livre est réaliste. Le vocabulaire, les habitudes, les croyances, l’habillement, les odeurs, les bruits, les coutumes, l’alimentation, les relations sociales, la musique… tout est décrit avec une précision sans failles, et cela contribue à transporter le lecteur dans cette époque dont on ne retient bien souvent que la guillotine et la chute de la monarchie. Je lis beaucoup de romans historiques, peu offrent une telle exactitude et un pareil dépaysement.

Revenons à Victor Renard. Comme je l’ai dit plus haut, un concours de circonstances fait de lui l’assistant d’un embaumeur, puis un embaumeur lui-même, profession qui fera sa fortune au-delà de toutes ses espérances, puisque la reconnaissance que les vivants lui ont refusée, il l’obtient grâce aux morts. Il tombe amoureux d’une femme, se marie avec une autre… Au cours de son apprentissage, il est formé au traitement des cadavres qui se trouvent dans des états plus ou moins avancés, et le lecteur découvre avec lui les recettes du métier (là encore, remarquable préparation de l’auteure). Il est prudent d’éviter certains passages après un repas copieux, car Isabelle Duquesnoy privilégie l’exactitude à la sensibilité de nos estomacs, et c’est très bien. Il n’y a aucune concession, ni dans les descriptions ni dans les mots employés.

Je commençai par ôter délicatement son cœur. Il était gros et pâle, de consistance un peu molle. Je le déposai dans un plat de faïence. Puis, tout frissonnant de mon audace et de cette profanation, je vidai la vieille dame de ses viscères de la poitrine et du bas-ventre, lavant bien soigneusement ses intestins, au-dehors et au-dedans, avec du jus de raifort sauvage pressé. Cette plante comparable au radis croît dans la terre humide et possède une grosse racine longue, d’un goût âcre et brûlant, qui chauffe et dessèche les organes. J’avais appris, dans mes leçons précédentes, que le radis de jardin offre les mêmes qualités, mais que son action demeure beaucoup moins forte.

Après leur nettoyage, les intestins ainsi que les poumons présentaient de nombreuses protubérances réunies en grappes, petites bulles cireuses semblables à des grains de blé mûr.

Ne croyez pas que cela fasse de ce livre un ouvrage austère. L’intrigue est prenante, il y a des scènes drôles, du suspense, de la romance, des retournements de situations, et l’ensemble, allié à une plume excellente et une parfaite progression du récit, en font un bouquin passionnant.

À ne pas laisser manquer, sous aucun prétexte.

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Chère Isabelle, nous avons échangé quelques messages, et je sais que vous passerez tôt ou tard par cette page, alors j’en profite pour vous remercier une fois de plus pour ce bouquin et l’immense plaisir que vous procurez à vos lecteurs. J’espère vraiment vous rencontrer un de ces jours.