Foire du livre de Brive 2019

Pour rien au monde je ne raterais, début novembre, la Foire du livre de Brive. J’y ai passé la journée d’hier en compagnie de ma femme. C’est un bain de foule, une bousculade qui dure des heures, qui peut en rebuter certains, mais qui ne me dérange pas. Pour moi, la multitude, c’est la vie.

Comme chaque année, les auteurs étaient là pour présenter leur dernière œuvre, sortie en général à l’occasion de la rentrée littéraire. Cette foire a lieu le week-end qui suit la remise des principaux prix, et cela n’est pas par hasard. Cette année, elle s’est déroulée quelques mois avant les élections municipales, et il y avait encore plus d’individus politiques que d’habitude, de tous les bords. Je ne citerai aucun nom pour ne pas faire une pub dont aucune de ces personnes n’est digne.

Cette manifestation attire aussi beaucoup de figures publiques : télé, ciné, chanson et autres. J’ai eu l’occasion d’apercevoir le célèbre Jammy, de C’est pas sorcier, Fabienne Thibeault, Nelson Monfort, Anny Duperey, Jacques Pradel, Jean-Michel Jarre, Christian Rauth… Je n’ai pas manqué de faire un détour par le stand de Chloé Nabédian, la ravissante demoiselle météo.

Toutefois, le plus important était le monde littéraire, c’est pour lui que j’étais venu, surtout pour croiser les auteurs, car pour ce qui est des livres… j’ai une librairie à 300 mètres de chez moi !

Isabelle Duquesnoy

J’ai fait la connaissance d’Isabelle Duquesnoy, avec qui j’ai échangé plusieurs messages au cours des deux ou trois dernières années, sans l’avoir jamais rencontrée. Je vous reparlerai prochainement de son dernier livre, La redoutable Veuve Mozart, et elle m’a appris qu’une suite de L’Embaumeur allait paraître dans quelques mois.

Michaël Launay

J’ai également échangé quelques mots avec le sympathique Mickaël Launay. Il n’écrit pas de fiction, mais des livres fascinants sur les mathématiques, mettant à la portée de tous l’extraordinaire poésie contenue dans cette discipline où beaucoup ne voient qu’une science aride. Pour preuve, son dernier livre, Le théorème du parapluie. Mickaël s’occupe aussi d’une chaîne YouTube, Micmaths, où il effectue le même magnifique travail de vulgarisation avec humour. Il est dans la vie comme dans ses vidéos : décontracté, souriant, léger.

J’ai discuté avec l’auteur portugais José Rodriguès dos Santos, qui parle très bien notre langue, et qui m’a confié que dans son dernier roman, L’homme de Constantinople, il n’a pas mis en scène Tomás Noronha, le personnage principal de TOUS ses précédents bouquins, que j’ai tous lus.

Jean-Claude Lalumière

Quelle n’a pas été ma surprise d’être abordé par un auteur qui m’a reconnu ! Il s’agit de Jean-Claude Lalumière, qui écrit des livres pleins d’humour avec qui j’avais échangé plusieurs messages il y a neuf ans. Quelle mémoire ! Nous reparlerons bientôt de son dernier livre, Reprise des activités de plein air.

Deux Sylvain ont brillé pendant cette rentrée littéraire. Tesson a eu le Renaudot avec La panthère des neiges et Prudhomme le Femina avec Par les routes. Tous deux étaient présents dans les allées de cette foire.

Victoria Mas

Je tenais à me procurer le livre de Victoria Mas, dont j’ai entendu dire beaucoup de bien. C’est Le bal des folles, dont l’action se passe à la Salpêtrière à Paris, un quartier que j’ai beaucoup fréquenté lors de ma jeunesse parisienne. Plaisir de découvrir une auteure charmante et passionnée par son sujet, avide à l’évidence d’aller à la rencontre des lecteurs.

Après bien des hésitations (car mon budget déjà mis à mal n’est pas extensible à l’infini), je me suis dirigé vers Laurent Binet qui vient d’obtenir le Grand prix du roman de l’Académie française pour son uchronie Civilization, qui est, paraît-il, à la fois captivante, drôle et érudite.

Laurent Binet

Et tous ceux que je n’ai fait que croiser : Franck Bouysse, Sorj Chalandon, Jérôme Loubry, Érik L’Homme, Marc Levy, Jean Teulé, Emmanuelle Favier, Emmanuelle Urien, Sébastien Spitzer, Jim Fergus, Amélie Nothomb, Alexis Michalik, Bernard Werber, Franck Pavloff, Yasmina Khadra, Irène Frain, Aurélie Valogne, Jean D’Aillon, Jean-Guy Soumy, Virginie Grimaldi, Romain Puertolas, Katherine Pancol, Lætitia Colombani, Mazarine Pingeot, Yann Queffélec.

Vivement l’année prochaine que j’y retourne…

Le navire de l’homme triste

NavireHommeTriste

et autres contes marins. J’aime la Bretagne et j’aime les contes, donc j’aime les contes bretons, qui se comptent par milliers, imaginés pour passer le temps par les myriades de marins qui partaient durant de longs mois autour du globe terrestre.

Dans une intéressante préface, Irène Frain, elle-même bretonne, explique sa démarche. Pendant très longtemps, ces contes furent transmis de bouche à oreille, tradition orale qui leur assurait une continuité, mais qui, dans le même temps, les menaçait d’oubli, par le côté terriblement fragile de cette transmission. Avant elle, d’autres se sont attelés à la tâche de fixer ces histoires par l’écrit, afin de leur garantir un avenir.

Mais, afin de s’inscrire vraiment dans cette tradition qui consistait, pour chaque narrateur, à enjoliver l’histoire, elle n’a pas hésité à “mettre son grain de sel” (sic), dépoussiérant le langage et modernisant le style. Certains le regretteront, préférant l’habituel style de ces contes, collectés entre autres par le célèbre Anatole le Braz. Pourtant, cette façon de faire présente l’avantage de rendre plus accessible ces légendes, sans en trahir l’essence merveilleuse, nimbée de superstitions et de craintes envers les forces de la nature.

Nous, les Bretons, depuis les origines, nous avons toujours estimé que la meilleure façon de réaliser nos rêves, c’est d’en avoir… Alors, pourquoi nous en priver ?

Je me suis plongé avec plaisir dans cette trentaine d’histoires un peu naïves, peuplées de diables, de navires-fantômes, d’animaux-matelots, etc. À réserver pour les amateurs inconditionnels.

La forêt des 29

Les Bishnoïs sont les membres d’une communauté créée en Inde au XVe siècle. Leur existence, étroitement liée à l’écosystème dans lequel ils vivent, est régie par vingt-neuf principes immuables, d’où leur nom qui signifie Vingt-Neuf. Un des principes les plus importants est de planter des arbres, mais aussi de les protéger, ainsi que les animaux. Leur apparition est une réaction à la dictature de la dynastie des Rathores, qui exploitaient les hommes et les ressources naturelles avec un terrible mépris. La communauté des Bishnoïs, qui compte aujourd’hui environ huit cent mille membres, a été fondée par Djambo (“La Merveille”).

En septembre 1730, deux siècles après la mort du fondateur, les puissants ont décidé, pour satisfaire un rêve de grandeur, de s’en prendre aux forêts plantées par les Bishnoïs, mais ceux-ci ont préféré offrir leurs vies pour défendre les arbres. Ainsi, à Khejarli, trois cent soixante-trois personnes ont enlacé les troncs dans un geste protecteur, et ont été sauvagement assassinées.

Ce magnifique roman d’Irène Frain, extraordinairement bien documenté, nous plonge dans ces événements et nous raconte en détail la vie de Djambo, puis se prolonge jusqu’au massacre de Khejarli. Les personnages prennent vite une réalité et une présence très forte malgré la rareté des dialogues. L’écriture est précise, dynamisée par une alternance de phrases très courtes et d’autres très longues. La forme du propos alterne entre la chronique et la narration, l’auteur n’hésitant pas à utiliser tantôt le présent, tantôt le passé pour éviter la monotonie.

À la fois roman initiatique, roman historique et roman écologique, cette œuvre est surtout un témoignage poignant sur ceux qui furent, cinq siècles avant l’heure, les précurseurs de l’écologie, les premiers à prendre conscience de l’importance de ces questions pour l’avenir de l’humanité. Ce livre prend le lecteur à la gorge dès les premières pages, avec des perles de sagesse foisonnant à chaque page.

Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre le combat de Djambo au XVe siècle et celui du Chef Raoni qui, de nos jours, lutte pour la survie de la forêt Amazonienne.

Le site d’Irène Frain
La page Wikipédia des Bishnoïs
Le site de La Forêt des 29
Le site du Chef Raoni


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Christian Epalle, le 19/10/2011

Il y a des livres qui bouleversent le cours tranquille de la vie des lecteurs. Je me souviendrai toujours du premier qui m’avait provoqué un tel choc, terrible, irréversible : “Le monde de Sophie”. J’avais 30 ans. Depuis sa lecture, ma vie a changé, avec une envie furieuse de transmettre des messages. Je m’étais mis à écrire, vraiment.
“La forêt des 29” m’a fait le même effet, si ce n’est plus intense. J’ai l’impression qu’il m’a ouvert une nouvelle dimension. Je ne sais pas encore laquelle, ni comment, mais l’envie de poursuivre l’aventure des 29 m’a pris aux tripes.
Pourtant, la première moitié du livre m’a d’abord laissé dubitatif, sceptique. L’ambiance mille et une nuits n’était pas déplaisante, mais l’intérêt du roman me paraissait bien mince. Puis, à l’arrivée des 29, tout s’est éclairé, l’évidence m’est tombé dessus, brutale, vitale. Ce n’est pas un roman, non, c’est une merveille.
Les recommandations de lecture de mon ami Claude ne m’ont jamais déçu. Pour celle-ci, particulièrement, je lui en serais à jamais reconnaissant.
Merci, Claude, de m’avoir montré le chemin.
Merci, mille fois merci, Irène Frain, de l’avoir révélé dans un chef d’œuvre.