La cathédrale de la mer

CathedraleMerAu début du XIVe siècle, en Catalogne, nait Arnau Estanyol. Le roman narre la vie de ce personnage, imbriquée à l’histoire d’un monument bien réel, la basilique Santa Maria del Mar, dont la construction par les gens du peuple commence à peu près au moment où Arnau vient au monde.

Arnau est fils d’un serf de la terre. Les personnes de basse condition sont opprimées par la noblesse, qui les exploite au-delà de tout ce qui est imaginable, faisant d’eux des esclaves sans le nom. Arnau n’a pas connu sa mère, et son père est contraint de fuir pour survivre. C’est ainsi qu’il grandit, dans une Barcelone médiévale écrasée par la pauvreté. Il voit s’ériger les murs de la cathédrale dont les pierres sont acheminées une à une par les bastaixos, ancêtres des dockers, qui les portent sur leur dos. Lui-même devient un bastaix à seulement quatorze ans, puis il mûrit, prend une épouse, a des amis, etc. Surviennent la guerre et la peste. Arnau apprend à utiliser les circonstances pour s’élever, il fait fortune, mais rien n’est simple…

S’appuyant avec une remarquable précision sur l’Histoire espagnole de ce siècle, Ildefonso Falcones guide le lecteur à la découverte de ce qu’était l’existence d’alors. La vie d’Arnau est un prétexte pour nous faire vivre ces événements souvent dramatiques, avec, en toile de fond, cette magnifique basilique dont la construction s’étend tout au long du livre. Mais il y a aussi tout ce qui faisait les sociétés de cette époque : les superstitions, la haine envers les juifs, l’extrême pauvreté de certains, l’inquisition, la violence, l’esclavage…

L’écriture est prenante, l’intrigue également. Il n’est pas facile de garder le lecteur en haleine pendant huit cents pages sans tomber dans la routine, sans digressions ennuyeuses, sans pour autant introduire des rebondissements et des complications à chaque chapitre. L’auteur y parvient parfaitement. J’ai été immédiatement saisi par le récit, et je n’ai pas perdu le fil jusqu’à son terme. De temps à autre, de brèves et intéressantes parenthèses relatent les événements historiques dont la connaissance est indispensable à la compréhension du roman.

Il y a beaucoup de personnages, mais chacun a un rôle précis et incontournable. Certains lecteurs trouveront que les coïncidences sont (trop) nombreuses, je pense qu’il s’agit plutôt d’une intrigue ciselée dans ses moindres détails. Ce ne sont pas les rebondissements qui tombent juste, c’est le déroulement prévu par qui ne laisse rien au hasard.

Dans une intéressante postface, l’auteur apporte des éclaircissements sur les événements relatés dans le roman. Il sépare l’avéré de l’imaginé, parle de plusieurs personnages historiques présents dans le récit et de quelques anecdotes de ce lointain passé qu’il a utilisé dans le livre.

En ce qui me concerne, je souhaite aller un jour à Barcelone, rien que pour voir de mes propres yeux cette cathédrale de la mer et cette petite statue de la Vierge avec l’enfant Jésus sur une épaule, qui a tant d’importance pour Arnau.


Santa Maria del MarAvril 2014 : J’ai eu la chance de pouvoir me rendre en personne dans cette église de Barcelone. Les 800 années passées à accueillir des prières ont imprégnées ses murs et en ont fait un édifice qui, s’il n’est pas le plus beau d’un point de vue architectural, est indéniablement un lieu de foi profonde.

SONY DSCL’autel est curieusement entouré par dix colonnes. J’imaginais la foule des hommes qui ont contribué à érigé ces ogives et ces piliers, et en regardant ces pierres, je ne pouvais m’empêcher de penser aux bastaixos qui les ont amenées sur leur dos.  Un hommage leur est rendu sous la forme de bas-relief incrustés sur le portail d’entrée.

SONY DSCQuant à la petite statue de la Vierge, si c’est bien celle que j’ai pu contempler, elle a survécu à plusieurs siècles qui ont été sans pitié pour le bois dont elle est faite. Elle est abimée, bien sûr, mais elle est toujours là. Elle trône près de l’autel, son enfant sur l’épaule. Je n’ai pas eu, comme Arnau, l’impression qu’elle me parlait et qu’elle me souriait. Elle s’est contenté d’être là, de s’exposer à mon admiration, à moi qui n’ai fait que passer durant quelques minutes, alors qu’elle a connu le XIVe siècle et tout ce qui est advenu depuis, qu’elle a été adulée, priée et vénérée par des millions d’hommes et de femmes. Je ne lui en veux pas d’avoir ignoré ma présence et je lui souhaite de continuer à veiller encore longtemps sur les gens du peuple dont elle a la charge…