Silo

SiloVoilà un livre particulier à plus d’un titre. Premièrement parce qu’il a été initialement diffusé par son auteur en auto-édition. Il a rapidement été lu par de nombreuses personnes, avant de devenir un bouquin édité sur papier, bien que les droits pour le numérique aient été conservés. Ensuite, il réalise l’exploit de faire du neuf avec un très, très vieux thème de SF, le thème de l’humanité rassemblée en un seul endroit après une catastrophe, dans l’attente de jours meilleurs. Dans ce domaine, on a eu droit aux immenses arches stellaires qui foncent à travers l’espace pendant des siècles ou des millénaires, dans l’espoir qu’une génération future, mûrissant dans ses flancs, atteigne prochainement un monde hospitalier. On a eu droit aussi aux constructions démesurées, aux blockhaus, aux villes immergées, aux colonies sur la Lune ou sur un astéroïde, etc. Mais ça, c’est nouveau…

Dans un avenir apocalyptique, les conditions de vie à la surface de la Terre sont devenues mortelles. Impossible de survivre dans un tel environnement. Alors, l’humanité s’est rassemblée dans un silo vertical enfoui dans le sol très profondément puisqu’il a 144 étages de profondeur. (Sans ascenseur, notez-le bien, car c’est important.) Au sommet se trouvent quatre caméras donnant un aperçu du monde gris, poussiéreux et létal qui sévit à l’extérieur. Évidemment, il y a des gens qui “pètent les plombs” dans un tel environnement, qui étouffent dans cette société où tout est forcément très contrôlé (natalité, consommation, énergie, etc). Pour se débarrasser d’eux, c’est très simple : on les met dehors. Ils vont rapidement mourir, bien sûr, mais avant de trépasser, ils doivent récurer les capteurs des caméras, qui s’encrassent et se voilent. Curieusement, tous les condamnés se livrent volontiers à ce nettoyage. Le lecteur saisit vite pourquoi, mais toute l’intrigue tourne autour de ce qui n’est connu de personne ou presque dans ce silo.

Il est régi par un maire, aidé par un shérif et son adjoint. Mais est-ce vraiment eux qui détiennent le vrai pouvoir et la compréhension de ce qui se produit dans ce monde réduit ? Qui en possède réellement les clés ? Qu’est-ce que l’informaticienne Allison a découvert dans ces archives qui sont censées avoir été effacées ? Qu’est-il arrivé lors de l’insurrection, quelques générations plus tôt ? Pourquoi le directeur du DIT s’oppose-t-il avec tant de force à la nomination de Juliette au poste de shérif ?

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman. Il est de ceux qui partent directement dans le sujet, comme si le lecteur était au courant. Bien sûr, on lui fournit rapidement toutes les informations nécessaires, mais il y a un temps de flottement, et je n’ai pas réussi à démêler le fil aussi vite que je l’aurais souhaité. Pourtant, une fois installé dans le rythme de l’histoire, je n’ai pas pu la lâcher. Hugh Howey fait résolument avancer ses personnages, il sait les rendre crédibles, il sait créer des rebondissements stupéfiants, il sait, comme je l’ai dit, renouveler entièrement ce genre littéraire… bref, il sait tenir un suspense haletant.

La chute n’en est pas une tout à fait, car ce livre est le premier tome d’une trilogie, dont la suite est à paraître, et que j’attends déjà avec impatience.

Dernier point, qui amusera sans doute les lecteurs français : le méchant de l’histoire, celui qui sait beaucoup, qui cache tout, qui magouille et complote en coulisse pour parvenir à ses fins, s’appelle Holland. :-)