Bartleby le scribe

Petite plongée dans le temps avec ce très court, mais très célèbre roman qui date de 1853.

Le narrateur est un homme de loi qui emploie à son étude deux scribes (copistes). Pour faire face à un surplus de travail, il décide d’en embaucher un autre, et il engage le dénommé Bartleby, homme sérieux et travailleur.

Mais bien vite, lorsqu’on lui demande d’effectuer certaines tâches, Bartleby fait systématiquement cette réponse lapidaire : « Je préfèrerais pas ». (Il y a plusieurs traductions de cette phrase. Dans la version originale I would prefer not to.) Petit à petit, il fait cette réponse étrange pour tout ce qu’on lui demande de faire, opposant une inertie de plus en plus totale à ceux qui l’entourent. Le narrateur se rend compte que Bartleby a même élu domicile dans son étude, qu’il ne quitte jamais et où il se comporte en locataire incontournable.

Mais Bartleby ne pourrait-il pas être vu comme l’inventeur de la contestation ultime et parfaite, le refus total et totalement déterminé à accepter, à accomplir, à obéir ? Car Bartleby ne se met jamais en colère ni n’élève la voix. Il se contente de son “Je préfèrerais pas” qui clos les débats sans même susciter de réaction violente. Son interlocuteur se voit juste signifier une sorte de refus, puis Bartleby poursuit ce qu’il était en train de faire, désarmant son vis-à-vis de la manière la plus extrême.

Herman Melville, par de longs soliloques, nous fait pénétrer les pensées du narrateur, qui reste impuissant devant l’immobilisme de Bartleby. Il parvient à parfaitement transmettre son état d’esprit au lecteur, qui tour à tour s’énerve, se sent impuissant, plein de compassion et même de pitié devant le destin de cet homme mystérieux.

Ce petit livre atypique se lit en une heure, mais laisse un arrière-goût durable.


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Hélène Ourgant, le 28/09/2011

Rien que le titre donne envie. Ce qui paraît étonnant, mais c’est un roman, c’est qu’une inertie pareille, ça vaut un licenciement, non ?

Claude, le 30/09/2011

Tu as raison, Hélène, mais ce qui fait de la “méthode Bartleby” un coup de génie, c’est justement que ce scribe oppose son refus avec une attitude telle, que non seulement son employeur ne le vire pas, mais qu’au contraire il se montre compatissant ! Lis-le, tu comprendras mieux. C’est vraiment un roman dont la réputation n’est pas exagérée. Je pense même qu’il mérite plusieurs lectures pour être pleinement apprécié.