Le pape des escargots

PapeEscargotsComment résister à un titre comme celui-là ? Auteur bourguignon, personnages bourguignons, devinez dans quelle région se passe l’histoire…

Jean Treuverdot, dit la Gazette, est une sorte de vagabond qui se veut chapelain des renards, chanoine des blaireaux, pape des escargots. De plus, il prétend être Grand Druide de l’époque celtique, soutient qu’il est âgé de plus de deux mille ans, et baragouine du latin d’église en mélangeant les traditions gauloises, la science des bâtisseurs de cathédrales et les légendes locales. Notre-Dame de Dijon est selon lui un monument celtique, comme le prouveraient les cochons visibles sur les bas-reliefs…

Le personnage est connu et apprécié dans toute la contrée, et sympathise tout particulièrement avec le jeune Gilbert de la Rouéchotte, sculpteur autodidacte et surdoué. Celui-ci est victime d’escrocs qui lui font miroiter un avenir radieux et l’entraînent à Paris pour soi-disant lui offrir la possibilité de se former vraiment, dans une célèbre académie d’art. Rude épreuve pour ce garçon bourru à peine dégrossi, mais qui lui permettra de perdre sa candeur, de se faire un ami précieux, et de prendre conscience de la richesse de sa région natale.

Le ton faussement naïf du roman n’est qu’une façade. L’histoire pleine de signification est un hymne un peu chauvin à la Bourgogne et au bon sens paysan des gens proches de la terre. Par-dessus tout, la langue utilisée par Henri Vincenot (1912–1985) est un pur régal. Il s’agit d’un français absolument parfait, mais aux dialogues parsemés de constructions typiques de son terroir et d’un vocabulaire régional brut. Je l’avoue, je n’ai pas compris tous les mots, et sans doute pas saisi la subtilité de toutes les expressions. Une phrase comme

« Prou ! Prou ! disait-il à son aîné, tu me bailles le virot ! »

me laisse encore perplexe.

Cependant, le sens reste en général compréhensible, comme dans

« Hé vous deux, là-haut, foutus dénicheurs de crâs ! descendez un peu qu’on se gausse en buvant chopine ! »

Peu importe les détails, le message est clair !

Comme dans beaucoup de régions où l’on entretient soigneusement le terroir, les gens du cru s’isolent volontairement du reste du monde. Cela est particulièrement évident dans cette délicieuse phrase, lors du départ de Gilbert à Paris :

Ils ont quitté la Bourgogne… Ils sont entrés en France !… Ah malheur !…

Car l’humour est présent à toutes les pages ou presque, avec une ironie certaine.

« On a emmené la Banniche Gautherot à l’hôpital !

— Quoi donc qu’elle avait ?

— Une dépression nerveuse, qu’ils disent. Faut dire qu’elle s’était fait mettre la télévision l’année dernière… »

Toutefois, les esprits tatillons estimeront exagérés certains propos concernant la gent féminine. C’est vrai que l’auteur n’est pas toujours tendre avec ces dames, mais je pense qu’il s’agit là encore un point de vue paysan, où l’on sait que le rude travail de la terre nécessite un potentiel physique dont nos compagnes sont dépourvues. Là où l’on pourrait trouver seulement de la misogynie, je préfère voir une prise de conscience, souvent niée de nos jours, que l’homme et la femme sont tout simplement différents et complémentaires. Qui s’en plaindrait ?

Bien sûr, on ne doute pas, au cours du récit, que le brave Gilbert retrouvera sa jolie Ève et qu’il parviendra à restaurer le calvaire des Griottes, où les stropiats (estropiés) font pèlerinage pour être guéris.

J’ai eu un plaisir immense au long de cette lecture et avec ce style unique si particulier !

Un dernier mot, pour remercier Marie-Jeanne de m’avoir offert ce livre et de m’avoir fait découvrir cet auteur.