Quand Dieu boxait en amateur

Quelle magnifique plume, quel style puissant et fin à la fois !

Guy Boley raconte son père, qui a été forgeron professionnel, boxeur amateur, et comédien à l’occasion. Alors, était-il Dieu le père ? Pas tout à fait, loin de là, car il y a eu tout de même des conflits entre eux, et même de gros, mais pour son vieil ami Pierrot, entré dans les ordres, ce père acceptera de jouer le rôle du fils de Dieu sur la scène du petit théâtre paroissial.

Le soir vacille comme un ivrogne. René a les mains encore pleines des lumières de la forge et l’abbé Delvault, qui sort d’un après-midi de confessions, a la soutane qui sent le péché véniel et ses parfums absolutoires. Ils ont, chacun à leur manière, élégamment rempli leur journée de travail, l’un rougeoyant l’acier, l’autre blanchissant les âmes, martelant ce pour quoi ils sont faits, du mieux qu’ils le pouvaient, sur la petite enclume de leurs destins.

Ce père, en plus, était passionné par les mots et les dictionnaires. Si la vie avait été plus clémente pour lui, peut-être aurait-il pu devenir autre chose qu’un type qui a dû subir l’existence jusqu’à être débordé par elle.

C’était un véritable artiste. La vie l’avait taillé pour ça, mais pas son destin, la première se chamaillant fréquemment avec le second en faisant payer aux hommes les pots cassés de leurs sottes divergences.

On sent de la culpabilité dans le récit de l’auteur, car il n’a pas toujours été tendre avec son père, et il le regrette, trop tard. Est-ce pour ce faire pardonner qu’il a écrit ce livre en forme d’hommage ? Peut-être. Quelle qu’en soit la raison, le bouquin est excellent, soutenu par une Écriture impeccable et des tournures de phrases alertes et percutantes comme les uppercuts que l’ancien boxeur distribuait pendant les matches.

Il faut reconnaître que sa mère (ma grand-mère par ricochet, mais morte avant ma naissance, donc ne ricochant pas sur grand-chose, hormis quelques photos et quelques racontars) n’est pas une tendre.

Le lecteur suit l’ascension et la décadence de cet homme avec émotion. Il le voit se battre dans la vie comme sur le ring pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé, puis recommencer pour parvenir à endosser le difficile rôle de Jésus pour satisfaire son ami. Puis l’âge le rattrape et les choses tournent mal…

Je ne suis pas particulièrement amateur de biographies, histoires vraies et autres témoignages, mais je ne dédaigne pas ce genre quand un bouquin se détache du lot, et c’est le cas avec celui-ci. Je me suis régalé avec ce récit plein de nostalgie, d’humour et de bon sens.