Le dimanche des mères

Juste après la Première Guerre mondiale, dans la bonne société britannique, une tradition vivait encore : une fois par an, un dimanche du printemps, les jeunes filles de la domesticité avaient une journée de congé pour rendre visite à leur mère. Toutes ces familles étaient endeuillées, toutes avaient perdu des fils, des frères ou des maris.

En 1924, Jane n’a que vingt-deux ans, elle est employée par les Niven. Elle est orpheline, et n’a donc pas de mère à visiter. Ce dimanche de congé, elle va rejoindre Paul Sheringham. Lui aussi est d’une famille d’aristocrates, pourtant ils sont amants depuis plusieurs années, en secret bien sûr. Comme toutes les maisons sont vides ce jour-là, pour la première fois elle le retrouve dans sa chambre, dans un vrai lit et non à la sauvette. Pour la dernière fois, aussi, puisque dans deux semaines, Paul va épouser, pour l’argent, une jeune et riche héritière.

Cependant, un événement va se produire, bouleverser l’existence de Jane et changer sa vie pour les nombreuses années qu’elle a encore devant elle.

Cent quarante pages, c’est peu pour un roman, mais c’est beaucoup pour les quelques scènes qui forment le récit. Car la trame de l’histoire est extrêmement simple et minimaliste. Graham Swift prend son temps pour peindre les décors, les gens, leurs pensées, ce qui est arrivé avant, ce qui est visible, leurs projets, etc. On ne s’ennuie pas une seconde. Certains lecteurs redoutent les longues descriptions, les détails qui font perdre le fil… Rien de tout cela, ici. La narration est lente, mais dense. Ce qui est dit n’est pas du superflu ni du remplissage, c’est de la précision photographique. Une écriture sensuelle qui fait éprouver au lecteur ce que vivent les personnages, en particulier Jane.

Une scène, pour vous mettre l’eau à la bouche : qui n’a jamais eu envie de se promener à poil dans une maison inconnue ?

J’ai beaucoup aimé cet intense petit roman et cette jeune fille si attachante.