La Tour des Miracles

En ce temps-là nous habitions Montmartre. Une maison miraclificle de sept étages par temps calme et de six les jours de bourrasques. Ainsi commence ce roman délirant écrit par Georges Brassens dans les années 50 et paru en 68. Et tout le reste est à l’avenant. Inutile de chercher dans ces pages une aventure savamment échafaudée, un message philosophique ou des propos dignes d’un académicien. Brassens n’était pas un écrivain, et n’a pas prétendu l’être. Mais il était un grand poète, de manière incontestable.

Dans ce dernier étage capricieux baptisé abbaye gré-du-vent vivent en promiscuité divers personnages, formant la Camorra. Je ne tenterai même pas de vous les décrire car ce serait impossible en quelques lignes. Situations absurdes, événements aberrants, discours insensés… L’auteur s’en est donné à cœur joie, dans une frénésie d’inventions abracadabrantes. Ajoutez à ceci un vocabulaire riche, agrémenté de néologismes et une grande dose de jeux de mots. D’ailleurs il n’y avait pas d’ailleurs ; il n’y avait que des queues.

On aime ou on n’aime pas. Comme il est inutile d’essayer de se faire une idée précise des lieux, des gens et des circonstances, certains risquent de ne pas arriver à “entrer” dans ce roman inclassable. Mais ceux qui y parviendront ne regretteront assurément pas l’effort.

En 2003 est parue une bande dessinée tirée de la Tour des Miracles, avec un scénario d’Étienne Davodeau et des illustrations de David Prudhomme. Illustrations dans lesquelles on découvre un personnage ressemblant malicieusement à Georges Brassens.