Une longue impatience

C’est l’histoire d’une attente sans fin, mais c’est surtout l’histoire d’une femme, d’une mère, racontée avec une rare délicatesse.

Peu de temps après la Seconde Guerre mondiale, en Bretagne. Le premier époux d’Anne, qui est mort en mer, lui a laissé un fils, Louis. Anne est remariée avec un amour d’enfance, Étienne, avec qui elle a eu deux autres enfants. Entre Étienne et Louis, la relation est de plus en plus difficile à mesure que le garçon mûri, et surtout depuis que la famille s’est agrandie.

Depuis la naissance des petits, Étienne ne supporte plus mon fils, le témoin encombrant d’une autre vie, le rappel permanent que j’ai été possédée par un autre homme.

Un jour, excédé par quelque événement, Étienne bat Louis, et celui-ci s’en va. Une fugue ? Non, un départ. Trichant sur son âge, il trouve à s’engager sur un navire et il prend le large.

Pour Anne commence un long calvaire.

Ma maison à moi, c’est l’attente.

Sans jamais faire de reproches à son époux, sans jamais cesser de tenir son rôle auprès des deux plus jeunes enfants, Anne va attendre le bateau qui lui ramènera son fils aîné. Elle raconte son attente, et parfois elle s’adresse à Louis, lui décrivant la fête et surtout le repas qu’elle fera pour célébrer son retour. Tout au long de ce roman, Gaëlle Josse dépeint avec une infinie délicatesse la souffrance silencieuse mais terrible de cette mère qui ne cesse d’être femme tout en restant avant tout la mère d’un enfant parti.

Grâce à de petits indices, le lecteur mesure le temps qui passe. Et plus il passe, plus on est inquiets, éprouvant sans doute un peu des tourments d’Anne.

Magnifique style, excellent bouquin !