Petit pays

J’ai vraiment cru qu’il s’agissait d’un écrit autobiographique. Comme l’auteur, le protagoniste est métis, Français par son père et Rwandais par sa mère. Comme lui, il est né et a grandi au Burundi à la même époque, sa mère ayant dû fuir le Rwanda. Comme lui, il est venu en France lorsque la situation a été intenable là-bas, et il porte presque le même prénom, Gabriel. C’est dans une interview de Gaël Faye que j’ai découvert avec surprise que toute cette histoire était imaginée.

Imaginée… jusqu’à un certain point. Car si les anecdotes sont inventées, les conditions d’existence des personnages, leur cadre de vie, le milieu social dans lequel ils évoluent, et bien sûr la dégradation politique et les horreurs auxquelles ils ont été confrontés sont bien réelles. L’auteur s’est fortement appuyé sur son vécu, et ce que le Gabriel du roman ressent vient évidemment de l’itinéraire de Gaël l’écrivain, qui a utilisé l’écriture à la première personne pour se retourner vers son passé douloureux et tenter d’y voir plus clair dans tout ce qui lui est arrivé. Pour ceux qui en douteraient, la première phrase du livre est :

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé.

Et la dernière est :

Mais je me souviens comment tout a commencé.

À travers les yeux de ce gosse tout juste arrivé dans l’adolescence, on voit ce pays sombrer petit à petit dans la violence et la barbarie. Pourtant, tout baignait dans le bonheur et la simplicité. Comme tous les gamins, Gabriel a des copains, ils font des bêtises, ils rient, ils s’amusent, ils ont devant eux tout l’avenir du monde… jusqu’à ce que la politique et la stupidité s’en mêlent, et que le conflit éclate entre les Hutu et les Tutsi. Pour quelle raison ? Pour la première fois, peut-être, des hommes ont fait une guerre juste pour un rejet mutuel entre deux ethnies.

– La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez.

En effet, les Hutu sont petits avec de gros nez, alors que les Tutsi sont grands et maigres avec des nez fins.

Vraiment très prenant, et magnifiquement bien écrit.

  • Prix du roman FNAC 2016
  • Goncourt des lycéens 2016
  • Prix du premier roman français 2016

À noter que Gaël Faye est également auteur-compositeur-interprète