Vieux, râleur et suicidaire

Le sous-titre de ce roman est « La vie selon Ove ». Ove est un monsieur d’un certain âge qui a du monde une vision extrêmement précise et rigide. Dire qu’il est maniaque est un euphémisme. Il fait et refait chaque jour exactement les mêmes gestes, comme d’actionner trois fois la poignée de porte de son garage pour en vérifier la fermeture. Il a toujours roulé dans des voitures de la même marque, a fait le même travail, a édicté ses règles de vie comme des lois, les imposant souvent aux autres.

On le prendrait volontiers pour un vieux con, et on n’aurait pas tort.

Dans sa jeunesse, Ove est tombé amoureux de Sonja, son exact opposé. Rêveuse, spontanée, impulsive, riant sans cesse, heureuse de ce que l’existence lui offre chaque jour. Elle a sans doute trouvé auprès d’Ove la stabilité qui lui manquait, tandis que lui puisait en elle l’élan qui lui faisait défaut.

Toutefois, le monde d’Ove s’est récemment écroulé. Sonja a été emportée par un cancer, et lui a été licencié pour laisser place aux idées nouvelles des jeunes, moins rigoristes. Désœuvré, ayant perdu ses deux principaux points de repère, Ove décide d’en finir…

Toutefois, ce n’est pas si facile. Tout d’abord, Ove tient, c’est normal, à tout laisser parfaitement en ordre après lui, et ce n’est pas simple, car pour lui, « en ordre » signifie que tout doit être absolument parfait et strictement comme il l’a jugé bon. Ensuite, il joue de malchance. Chaque fois qu’il est tout près de réaliser son projet, un incident, souvent dû au hasard, vient tout faire capoter.

Chemin faisant, le lecteur découvre qu’Ove n’est pas seulement un vieux grognon qui emmerde le monde en voulant imposer à tous sa façon de vivre. Derrière le masque du bougon irascible se trouve un très brave homme, avec un cœur gros COMME ÇA. Il a juste besoin d’un catalyseur, que quelqu’un lui donne l’occasion de se rendre utile. Précisément, de nouveaux voisins viennent s’installer dans le lotissement, ce qui est toujours pour lui une source de stress, car ses habitudes vont être bousculées.

La mère de cette nouvelle famille est Parvaneh, d’origine iranienne, enceinte de son troisième enfant, et assez intuitive pour lire dans le cœur d’Ove et voir l’homme bon qui s’y cache. Une étrange amitié se met en place, malgré les résistances d’Ove…

Fredrik Backman fait avancer son intrigue très lentement, et propose des personnages extrêmement attachants, aux caractères forts et aux tempéraments puissants. Ne pas hésiter toutefois à prendre des notes pour s’y retrouver dans les noms aux consonances suédoises.

Beaucoup d’humour dans cette histoire, beaucoup plus que je ne m’y attendais, mais surtout beaucoup d’émotions et une chute qui met de l’eau dans les yeux.

Ma grand-mère vous passe le bonjour

Elsa est une petite fille de presque huit ans, pas comme les autres. Elle est intelligente, et même très intelligente. Cette différence offre bien sûr quelques avantages, mais aussi des inconvénients, en particulier celui de l’isoler. Elsa n’a pas d’amis. Les enfants la rejettent, les adultes, comme les voisins de leur immeuble (Alf, Britt-Marie, Lennart…), ne savent pas toujours comment se comporter avec elle.

Ses parents sont divorcés. Sa mère, accaparée par son travail, est à nouveau enceinte, son père est incapable de prendre une décision par lui-même. La seule personne avec qui Elsa a une relation de confiance est sa grand-mère.

La vieille dame est fantasque, imprévisible et extrêmement spontanée, en perpétuelle rébellion contre le système établi. Pour Elsa, Mamie invente le Pays-Presqu’Eveillé et le royaume de Miamas, peuplés de personnages extraordinaires tels que Cœur-de-Loup, l’ange de la mer, les worses…

Malheureusement, nul n’est éternel. Mamie est malade, elle décède. Toutefois, elle a laissé pour Elsa une sorte de chasse au trésor. En la parcourant, en trouvant les indices semés par Mamie, Elsa réalise que les héros inventés par sa grand-mère ne sont pas si imaginaires que ça. Elle découvre aussi le passé de son aïeule, sur lequel elle ne s’était jamais interrogée. Et elle se rend compte que les gens du voisinage ont tous joué un rôle important, qui n’est pas terminé.

C’est une histoire très tendre, avec des personnages fortement marqués, pleine de bon sens et de bonnes intentions, que Fredrik Backman n’a pas oublié de bourrer d’humour. Par exemple, quand Elsa va rendre visite à une psy, ça donne ceci, lorsqu’elle découvre tous les livres alignés dans le cabinet :

— Tu as tous ces livres mais pas un seul Harry Potter ?

La femme secoue la tête, désolée. Elsa est extrêmement offensée.

— Un million de livres et pas un seul Harry Potter. Et on te laisse t’occuper de gens qui sont détraqués ? Déééément, marmonne-t-elle.

Bien sûr, il y a une happy end. Le lecteur s’attache très vite à Elsa et aux autres. Avec la fillette, il se demande où mènent toute cette affaire et tous ces rebondissements. Il a parfois envie de secouer certains personnages, d’en calmer d’autres, mais c’est un plaisir de se laisser guider au long de ce joli conte moderne.

Un grand merci à Marie-Jeanne, qui m’a suggéré cette lecture