Autobiographie des objets

Voilà un livre inclassable. François Bon fouille ses souvenirs devant nous et propose une longue suite de réflexions sur la vie, souvent un peu empreinte de nostalgie. Le bouquin est constitué de petits articles de quelques pages chacun, portant à chaque fois en guise de titre le nom d’un objet, dans le sens large du terme. Par exemple : étincelles dans la nuit, dioptries, autos tamponneuses, la boîte aux toupies… Bien sûr, il est question de cet objet au cours du mini-chapitre, mais l’important est surtout ce qui mène à lui : enchaînement de pensées et d’images venues du passé.

En fait, le bouquin devrait s’appeler Autobiographie PAR les objets, car l’auteur nous emmène dans son enfance poitevine, nous présente tous les membres de sa famille, nous narre leurs histoires, raconte ce qu’était sa vie et la vie en général dans ces années 60 qui semblent aujourd’hui si lointaines.

Les gens de cette génération reconnaîtront avec grand plaisir beaucoup de choses dans ces pages, retrouvant au passage la saveur de leur enfance et de ce qu’ils ont eux-mêmes vécu lorsqu’ils étaient enfants. Car François Bon excelle dans l’exercice de rendre passionnant la description des choses apparemment banales du quotidien. Le lecteur se trouve rapidement happé, aspiré par la magie des mots qui frôlent la poésie et donnent de la consistance à ces fantômes d’autrefois. Et même s’il n’a pas connu lui-même les choses décrites, il sera vite immergé dans les impressions transmises de façon presque tactile. Et ça recommence à chaque chapitre, avec une extraordinaire sensibilité !

J’ai énormément apprécié cette plongée dans une période qui alliait simplicité et optimisme, deux concepts quelque peu tombés dans l’oubli. Mais par-dessus tout, j’ai admiré cette manière de nous faire partager les choses, de nous transmettre cet enchaînement de sensations qui mènent non seulement au souvenir, mais au ressenti d’une époque, d’un objet et d’un vécu.