La carte du temps

CarteTempsComment ? Un auteur ose encore écrire sur le thème suranné des voyages dans le temps ? Mais c’est stupide, tout le monde sait qu’il est impossible de faire quelque chose d’original avec ce sujet.

Peut-être, mais Félix J. Palma a tenté le coup, et il a largement réussi. Dans ce roman, il y a du suspense, de l’humour à la pelle, du vrai, du faux, de la satire, des personnages convaincants, une intrigue, ou plutôt des intrigues, passionnantes, bref, tout ce qui est nécessaire à un bon bouquin qui saisit son lecteur et ne le lâche plus.

Le thème des voyages dans le temps doit sa notoriété aux fameux paradoxes temporels. Par exemple, si je voyage dans le passé et que je tue mon propre grand-père avant qu’il n’ait engendré mon père, je disparais moi-même, puisque je ne suis pas né. Mais si je ne suis pas né, je n’ai pas pu retourner dans le passé occire mon grand-père. Donc, il n’a pas été tué. Donc il a engendré mon père, qui m’a engendré. Donc, j’ai pu retourner dans le passé pour tuer mon grand-père. Oui, mais alors…

Voilà le principe de base. En poussant un peu plus loin les manettes, on parvient à des sacs de nœuds beaucoup plus élaborés que celui-ci, et qui font la joie de millions d’amateurs du genre. Dans le présent roman, l’auteur réussit à éviter cette manière classique d’aborder les voyages dans le temps, tout en l’utilisant malgré tout.

À Londres, en 1896, Andrew Harrington tombe amoureux d’une prostituée. Lorsque celle-ci est sauvagement assassinée par le tristement célèbre Jack l’Éventreur, il rêve de retourner dans le passé et de tuer lui-même le meurtrier avant qu’il n’étripe sa bien-aimée. C’est quand il se prépare à le faire que le lecteur commence à se douter que quelque chose ne tourne pas rond.

Plus loin, on trouve une entreprise qui propose, moyennant finances, de faire voyager ses clients vers l’an 2000, exactement au moment où s’achève la fameuse guerre entre les hommes et les automates. Le point final de ce conflit est un duel à mort entre le vaillant capitaine Shackleton et l’infâme Salomon, robot et chef des machines. Là, le lecteur ne doute plus, il est certain que tout cela est bidon.

C’est alors que l’auteur prend tout le monde à contrepied et… je ne peux en dire davantage. Dans une apothéose de folie, tout s’accorde, les paradoxes n’en sont pas, les univers parallèles se recoupent, et seules restent en suspens quelques questions philosophiques pour prolonger le plaisir après avoir refermé le bouquin.

Il y a beaucoup de personnages dans ce livre, mais un des principaux n’est autre que l’écrivain H. G. Wells, célèbre auteur de La machine à explorer le temps. Particularité supplémentaire : le narrateur, qui ne se contente pas d’être la classique voix off bien connue, mais qui prend la liberté de s’adresser de temps en temps directement au lecteur pour lui faire quelques confidences.

Si vous êtes amateurs de ce type d’histoires, vous adorerez celle-ci, qui renouvelle le genre. Si vous n’aimez pas… tentez le coup quand même, car il y a bien plus dans ces pages qu’un simple récit de SF.