Le théorème du perroquet

TheoremePerroquetSi je vous parle de Thalès, ça vous dit quelque chose ? Rien pour beaucoup, de mauvais souvenirs pour d’autres… C’était un savant et philosophe grec, un des premiers mathématiciens de l’Histoire. Oui, les maths et la philo étaient liées, au départ. Et si je cite Fermat, Euler, Euclide, Galois, Chasles, Aristote… ? Tous sont des mathématiciens qui ont fait progresser cette science. Ce qu’ils viennent faire dans cette chronique ? C’est qu’ils sont tous, ainsi que bien d’autres, des protagonistes de ce très original roman.

M. Ruche, philosophe à ses heures et libraire à Montmartre, reçoit une lettre d’un ami perdu de vue depuis longtemps, Edgar Grosrouvre. Celui-ci, mathématicien amateur, lui a légué avant de mourir sa bibliothèque, une extraordinaire collection de livres consacrés aux maths, certains très anciens et d’une valeur inestimable. Il lui annonce en outre qu’il a réussi à résoudre deux conjectures mathématiques sur lesquelles tous les spécialistes se cassent les dents depuis des siècles.

Où sont ces démonstrations mathématiques ? Comment est mort Grosrouvre ? Pour répondre à ces questions M. Ruche, aidé de Perette et ses trois enfants, Jonathan, Léa et Max, va devoir enquêter. Car avant de disparaître, Grosrouvre a laissé des indices. Pour les comprendre, les cinq chercheurs vont devoir retracer l’Histoire des mathématiques, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Rébarbatif ? Oh, que non !

Tu serais de ceux, innombrables, qui ne voient dans ce savoir qu’un ramassis de vérités baignant dans un triste ennui.

Denis Guedj (1940–2010) était bien sûr écrivain, mais également mathématicien et prof d’histoire. Il savait parfaitement capter l’attention et faire de son sujet une affaire prenante. La trame de fond, reconnaissons-le, n’est pas très convaincante. C’est un euphémisme de dire qu’elle est tirée par les cheveux. Mais ce n’est pas important. Elle remplit parfaitement son rôle qui est de captiver le lecteur, et elle le fait avec humour, ce qui n’est pas négligeable.

En partant de plusieurs siècles avant J.-C. jusqu’à notre époque, l’auteur retrace la formidable épopée des penseurs qui ont su créer une science extraordinaire. Les premiers d’entre eux ne disposaient que d’un cercle et d’une droite, et étaient incapables d’imaginer un nombre fractionnaire ou un symbole comme notre signe égal ! Il a fallu élargir les mentalités en même temps que se développait la science, car les mathématiques sont une ruse de l’esprit, et ce bouquin nous le démontre. Sans bourrage de crâne, sans grandes théories, rien qu’avec une histoire plaisante, l’immense beauté des mathématiques est montrée là, dans sa nudité, pas vraiment éloignée de sa sœur, la philosophie. Pourtant, je le répète, les quelques aspects matheux présentés dans ces pages le sont de façon très légère.

Et le perroquet, me direz-vous, que vient-il faire dans cette galère ? Il a un rôle très important, n’en doutez pas. Mais pour savoir lequel, il faudra vous plonger dans le bouquin, et prendre en le faisant autant de plaisir que de nombreux lecteurs avant vous.