le paradis des animaux

ParadisAnimauxNe vous fiez pas à la couverture de ce bouquin, qui ne donne vraiment pas envie de l’ouvrir. (Je ne suis pas le seul à le penser.) Ce livre est très bien écrit.

Je suis bien placé pour le savoir : la rédaction d’une nouvelle est un art délicat. C’est un genre qui ne supporte pas la moindre imperfection technique. Qu’il y ait un hors sujet de quelques phrases, un passage un peu lourd ou un tantinet ennuyeux, que le lecteur comprenne trop tôt où cela mène, et tout tombe à l’eau. Le cadre est trop étroit pour qu’un détail boiteux se fasse oublier ou pour autoriser des sorties.

En conséquence, la nouvelle, surtout en France, est mal vue, malgré l’attribution du Nobel à une nouvelliste en 2013. Mais David James Poissant est américain, et il est indéniablement un grand maître de ce genre littéraire.

Ses textes sont parfaitement ciselés, rien ne dépasse, rien n’est en trop, rien ne manque. Le lecteur est pris dès les premières phrases et il est plongé dans un contexte dans lequel il se reconnaît aisément à travers les personnages présentés.

Les personnages, voilà bien le point fort. L’auteur doit être un fin observateur des êtres humains pour parvenir à peindre avec autant de précision les travers et surtout les états d’esprit ressentis par les protagonistes de ses histoires. On a tous, autour de nous, dans notre voisinage, notre famille ou nos collègues, quelqu’un qui ressemble trait pour trait aux gens qui peuplent les nouvelles de ce livre. On connaît tous quelqu’un qui nous les rappelle, tant ils sont rendus vivants et crédibles par la plume de cet écrivain.

Il s’agit toujours, dans les douze textes de ce bouquin, de situations tendues, de relations inexistantes, de communications brisées. Un père pour qui son fils est un étranger, un couple qui cherche à se reconstruire après la perte d’un enfant, deux copains inséparables confrontés à l’horreur…

On peut le dire : chacune de ces histoires est glauque, sombre, poisseuse. On a envie de donner des claques aux personnages, pour les punir de s’être mis dans de telles situations par négligence ou par manque d’intérêt pour ceux qui les entourent. Il y a beaucoup de précision dans la description de ce qui est ressenti. En quelques mots, l’émotion est évoquée de telle sorte que le lecteur l’éprouve lui aussi. Par exemple :

…comme si la moindre seconde de bonheur pouvait constituer un manque de respect à l’égard de notre enfant morte.

Tous ceux qui ont perdu un proche reconnaîtront cette impression.

La dernière de ces nouvelles, qui donne son titre au recueil, est la suite de la première. Les mêmes protagonistes, quelques années plus tard. La situation a peu évolué, et en pire. Le héros a‑t-il appris la leçon de la vie ? Pas sûr…

Douze textes, autant de tours de force techniques, autant de sujets à méditer.