900 jours, 900 nuits…

Dans 900 jours, 900 nuits dans l’enfer d’une prison équatorienne, Daniel Tibi raconte comment il a été désigné coupable de trafic de stupéfiants en Équateur et jeté sans preuve et sans procès dans une prison de Guayaquil. Une prison ? Non, un cloaque de souffrance, de barbarie et de saleté. Dans cet endroit règnent la peur, la corruption et la déshumanisation. La seule préoccupation de ceux qui sont là est survivre. En plus, pour Daniel qui n’a rien à faire là, tenter de ne pas céder à la sauvagerie et au meurtre, tant la pression est forte.

Il a dû accepter de sombrer dans l’extrême violence pour survivre dans ce milieu où la moindre faiblesse peut entraîner la mort. Mais dans ces conditions, comment ne pas voir disparaître ce qu’il y a d’humain en soi ? Comment battre un homme et le laisser infirme, afin de ne pas soi-même subir ce sort, et néanmoins garder de la compassion ? Comment évoluer aux limites de la folie sans franchir le précipice ? Comment être presque quotidiennement témoin de morts violentes sans sombrer ?

Après avoir été torturé pour avouer ce qu’il n’a pas commis, Daniel Tibi a enfin été reconnu innocent après des mois d’incarcération. Mais il n’en est même pas à la moitié de son calvaire, tant le système auquel il fait face est inerte et corrompu. Seule la rage de vivre et de réclamer justice lui a permis de tenir le coup. Mais à quel prix !

Confession, histoire terrible, témoignage poignant, ce livre est aussi certainement un moyen utilisé par son auteur pour intégrer mentalement cet épisode dramatique de sa vie. Deux années et demie passées en enfer, des mois d’hospitalisation à sa sortie et des séquelles irréversibles, tant physiques que psychologiques.

À mes yeux, les biographies / autobiographies / histoires vécues occupent une place à part dans la littérature. En effet, l’auteur n’a pas la possibilité de construire son récit comme il l’entend, avec des rebondissements, une intrigue principale, des intrigues secondaires, etc. Il dépend de ce qui est réellement arrivé, sa créativité s’en trouve réduite et ses talents de conteur cantonnés a la narration de fais avérés. Certains ne jurent que par ce genre de livres, d’autres s’en désintéressent totalement. Celui-ci est fort bien écrit. Malgré le côté lancinant de l’épreuve subie (tourner en rond dans une prison n’a rien de palpitant), l’auteur a su présenter son récit de manière à maintenir le lecteur en haleine. Une terrible escalade d’anecdotes plus violentes les unes que les autres entretient la tension. Jusqu’où iront-ils ?

Mon seul regret est que Daniel Tibi ne parle guère des douze années écoulées entre sa libération et l’écriture de ce livre. Comment s’est-il reconstruit ? Comment revit-on après de telles épreuves physiques et une telle souffrance mentale ? Néanmoins, ce bouquin est un précieux témoignage de ce que l’être humain est capable de faire. En mal, bien sûr, mais aussi en bien, et des ressources immenses qui sont les siennes.


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Ronchon, le 04/04/2012

Encore un livre qui me tente. Merci pour ces critiques intéressantes.