Chagrin d’école

Voici un bouquin difficile à classer, à mi-chemin entre l’essai (puisqu’il y est longuement question d’un sujet bien précis qui est étudié sous toutes ses coutures), et l’autobiographie (puisque l’auteur raconte ses propres expériences).

Enfant, Daniel Pennac était un cancre. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. Apparemment incapable d’acquérir la moindre connaissance, il est nul en arithmétique, allergique à l’orthographe, impropre à retenir l’alphabet, étranger aux dates de l’Histoire et à toute notion de géographie, impuissant à apprendre une langue, etc. Il semblait promis à un avenir sombre, restant définitivement au fond d’un puits d’ignorance et d’échecs.

Pourtant, il a été professeur de lettres pendant plusieurs années, et il est aujourd’hui un des principaux écrivains français, ayant à son actif une quarantaine de livres, essais, nouvelles, scénarios (télé et ciné), et même BD. Que s’est-il passé ? Quel a été le déclencheur de cette métamorphose miraculeuse ? C’est ce qu’il raconte dans le bouquin.

Toutefois, l’auteur ne parle pas que de cela.

Il parle de ce que j’appellerais « l’état de cancre », c’est-à-dire comment un de ces gamins se sent, et comment il voit le monde en général et celui des adultes en particulier. Il le fait avec une précision due évidemment à son expérience personnelle, mais qui fait tout de même froid.

Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la réprobation de mes maîtres.

Il parle de son vécu une fois passé de l’autre côté, devenu prof. Là, il s’est retrouvé lui-même face à des cancres, qu’il comprenait à la perfection, à la différence de la plupart des profs qu’il avait eus étant jeune.

Il parle du monde de l’éducation, de sa grande incompatibilité avec les réalités des adolescents de notre époque.

Il parle de ses rencontres faites grâce au hasard avec ses anciens élèves, cancres ou non, revus après quelques années.

Il parle de la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction de ces chagrins d’école.

Même si vous n’avez pas d’enfants, même si vous n’avez pas été cancre, vous avez été scolarisés, ainsi que vos descendants. Ce livre concerne tout le monde, puisque tout le monde passe par l’école. Il ne traite d’ailleurs pas que d’école, mais d’éducation en général, qui déborde largement le cadre des salles de classe.