Sans parler du chien

Un petit peu de science-fiction ne peut pas faire de mal, surtout quand elle est bien écrite et qu’il y a de l’humour. Nous sommes en 2057, et il est désormais possible de voyager dans le temps, ce qui intéresse évidemment les historiens. Malheureusement, ouvrir ces passages temporels coûte très cher, et toutes les entreprises qui auraient les moyens de financer ces expéditions ont cessé de le faire dès qu’il s’est révélé impossible de ramener du passé quelque objet de ce soit. L’aide vient toutefois, de Lady Shrapnel, une riche mécène qui accepte de mettre la main à la poche à condition qu’on l’aide à reconstruire la célèbre cathédrale de Coventry, détruite par un bombardement de la Seconde Guerre mondiale.

De nombreux allers-retours s’effectuent alors entre différentes époques, lorsqu’une expédition rapporte, malgré l’impossibilité, un chat de 1888. Un détail ? Oui, en apparence, mais la disparition de cet animal de son époque crée une “incongruité” qui met en péril l’avenir et donc notre propre monde. La jeune, jolie et écervelée propriétaire de ce chat est une ancêtre de Lady Shrapnel et cette disparition lui ferait rencontrer un autre homme… et avoir une autre descendance. En plus, le bombardement de la cathédrale n’aurait pas lieu et le nazisme étendrait son voile sur l’Europe ! Il est donc urgent de remettre le félin à sa place et de faire en sorte que la jeune fille se fiance avec le bon prétendant… ce qui va être plus compliqué que prévu à cause de nombreuses et hilarantes péripéties. Sans parler du chien…

Avec pour toile de fond un thème archiclassique revisité avec bonheur par Connie Willis, qui s’est parfaitement documenté sur son sujet et les époques concernées, cette histoire se lit avec grand plaisir. Humour, ironie, regard caricatural sur la société anglaise de l’époque victorienne, tout y passe. Seul bémol : les dialogues, qui sont parfois un peu confus lorsque plusieurs conversations se croisent entre plusieurs personnages, mais ce léger défaut ne gêne guère la compréhension du lecteur. Les personnages sont bien campés, et ceux qui incarnent la parodie d’un trait social sont vraiment très drôles. Et la chute est une vraie surprise, une débauche d’imagination.

Ce roman a reçu en 1999 le prix Hugo et le prix Locus, en 2001, le prix Bob Morane, et en 2002 le prix Kurd-Laßwitz.


Après le piratage de mon site, il m’a été impossible de remettre les anciens commentaires sous une forme “normale”. Je les recopie simplement ici :

Ronchon, le 23/08/2012

Certainement à lire. C’est noté.Merci

Cécile, le 23/08/2012

L’effet papillon dans la peau d’un chat :-D un titre à retenir. Pour le moment je suis avec une tétralogie jeunesse (mais qui plaît aux plus grands, la preuve avec moi comme lecteur), et puis la suite de la Guerre des clans pour lequel je suis en retard. Mais après, moui, ça me tente bien, ça me changera de mes aventures jeunesses et animalières, quoique avec un chat et sans-parler-du-chien…

Courtade Henri, le 23/08/2012

Un chef‑d’oeuvre du genre à mon sens. A lire après « Le grand livre », bien évidemment (autre prix Hugo de C Willis), mais plus fin, peut-être.
Vivement la suite des aventures de ces historiens. Au rythme d’un roman tous les 10 ans, cela ne saurait tarder…