La fontaine pétrifiante

FontainePetrifiantePeter vit à Londres. Il a une compagne, Gracia, une sœur, des amis, etc. Lorsque son couple avec Gracia se rompt, il cherche à se retrouver en s’isolant et en écrivant son autobiographie. Mais celle-ci dérive, l’écriture devient fantaisiste et il s’invente une nouvelle vie dans un nouveau monde composé d’îles. Dans cette existence, il gagne un lot fabuleux dans une loterie : l’immortalité ! Il rencontre une femme, Seri, qui devient sa maîtresse, et il écrit une autobiographie romancée dans laquelle il vit à Londres…

Les deux récits se mêlent, s’entremêlent et se chevauchent à un rythme de plus en plus accéléré à mesure que se tournent les pages. Peter ne sait plus trop laquelle est sa vraie vie, et le lecteur non plus, ce qui est bien sûr volontaire de la part de Christopher Priest. S’y ajoutent des réflexions sur la valeur de l’existence, le sens de l’immortalité, ce qui fait qu’on est soi-même, etc.

Ce roman n’est pas facile à lire, ni à comprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Il est truffé d’allégories, de symboles, d’allusions à lui-même. Certains passages m’ont semblé monotones, tant le propos tourne en rond, bien que l’auteur réalise le tour de force remarquable de ne jamais se copier. Parvenir à dire dix fois la même chose de dix manières totalement différente en dix pages n’est pas à la portée de tout le monde. Surtout qu’il recommence parfois au chapitre suivant !

Je reste donc hésitant sur ce roman au sujet extraordinaire mais à l’écriture lancinante, mais je dois préciser que je l’ai lu dans des conditions où j’avais un peu de mal à me concentrer (j’étais hospitalisé). Ceci explique peut-être cela.

Le glamour

Richard Grey était au mauvais moment au mauvais endroit, et il a été une victime collatérale d’un attentat. Grièvement blessé, il a en outre perdu une partie de sa mémoire, un grand trou d’environ six mois. En soins, il reçoit la visite de Susan. Elle prétend qu’ils ont été amants. Petit à petit, des souvenirs lui reviennent, confus. Mais les propos de la jeune femme sur la même période sont très différents. Il se souvient parfaitement l’avoir rencontrée dans un train près de Nancy. Elle est formelle : ils ont fait connaissance dans un pub londonien. Pourquoi ces incohérences ? Qui est ce Niall, qui harcèle Susan ? Elle finit par lui avouer une chose incroyable : elle peut se rendre invisible. Lui aussi, prétend-elle !

L’histoire monte lentement, très lentement en tension. Des éléments s’ajoutent les uns aux autres, l’édifice se construit. Les questions que se pose le lecteur sont nombreuses. En fond, il y a une réflexion passionnante sur ce qu’est la visibilité. Ne voit-on pas uniquement ce qu’on a envie de voir ? Mais si l’on refuse de voir, que voit-on en lieu et place de la réalité ? Et alors, qu’est-ce que la réalité ? Qui la construit, qui décide qu’elle est vraie ?

Ces questions de fond et le suspense patiemment et adroitement construit par Christopher Priest laissent présager d’un final explosif, où tout sera expliqué, et d’où la lumière jaillira. Hélas, j’ai été déçu. La conclusion m’a fait l’effet d’un brouillon, et les explications espérées très tarabiscotées et même confuses. C’est vraiment dommage, car tout, dans ce qui précédait, était parfaitement bien construit. Le rythme lent du roman et de la guérison de Richard, allant de pair avec les révélations, les contre-vérités et sa découverte progressive des événements.

Faut-il pour autant jeter ce livre au feu ? Non. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et à me laisser porter par le crescendo des rebondissements. Il y manque juste un petit quelque chose, à moins qu’il n’y ait au contraire un petit quelque chose de trop lourd à enlever…