Au cœur des forêts

Amateurs de terroirs « France profonde bien de chez nous », vous allez être servis, et vous allez vous régaler.

Le vieux Bastien, le narrateur de l’histoire, est exploitant forestier en Corrèze, comme son père avant lui, mais il se retrouve seul. Sa femme Louise est morte, sa fille est partie s’installer aux États-Unis et donne peu de nouvelles, sa sœur Justine a disparu depuis cinquante ans… Bastien ne tient que pour et par les arbres. Pour lui, ils vivent, rêvent et parlent. Il ne quitte presque jamais son village et croule sous le travail à cause des dégâts occasionnés par la grande tempête de 1999, un an et demi auparavant.

Bastien accueille pour un temps sa petite-fille Charlotte, qui était adolescente la dernière fois qu’ils se sont vus, et qui souffre d’une tumeur. Entre le vieil homme et la jeune femme, qui sont presque des inconnus l’un pour l’autre, se crée une relation forte et émouvante. Il représente le passé, elle est l’avenir. Toutefois, cet avenir est menacé par la maladie, car Charlotte risque l’amputation d’une jambe, ce qu’elle assimile à l’abattage des arbres.

Le passé lointain s’immisce entre eux. La disparition de Justine a bouleversé la vie de Bastien, et il ne veut plus entendre parler de ce drame. Cependant, Charlotte décide de s’attaquer au problème et de découvrir grâce à Internet ce qui est arrivé si longtemps auparavant. Elle doit repartir à Paris pour se faire soigner, mais elle reviendra, c’est promis.

Pendant ce temps, Bastien continue à travailler, et réalise qu’il lui manque un but. En effet, un forestier ne plante pas des arbres pour lui, mais pour ses enfants, voire ses petits-enfants. Et lui, pour qui plante-t-il ?

Poésie, émotions, écologie, symboles, grand écart entre deux générations éloignées, opposition entre passé et futur, ville et campagne, jeunesse et vieillesse… Le style léger et direct de Christian Signol fait des merveilles. Il connaît évidemment très bien cette région puisqu’il en est originaire, et ces gens qu’il n’a jamais quittés. Il nous fait découvrir cette nature et ces forêts avec son cœur, pas seulement avec ses mots.

Regarde bien les arbres. Ils savent, comme nous, qu’ils doivent mourir un jour, mais ils ne pensent qu’à une chose : grandir, monter le plus haut possible.

Je ne connaissais cet auteur que de réputation, mais je ne vais pas en rester là avec lui.

Prix Maurice Genevoix