La lettre à Helga

LettreHelgaÉmouvant. C’est ce que je dirais si je devais définir ce livre en un seul mot, mais bien sûr, ce serait très insuffisant.

Bjarni Gíslason a passionnément aimé Helga, bien des années auparavant, quand ils étaient jeunes. Malheureusement, les impératifs de l’existence ne leur ont pas permis de vivre cet amour. Face aux circonstances, il a choisi délibérément de s’éloigner d’elle. Alors, parvenu au terme de sa vie, il lui écrit une longue lettre, qui revient sur le passé, sur ce qu’ils ont partagé, sur ce qui les a séparés, sur le destin, les regrets qu’il n’a pas et les remords qu’il conserve.

Bergsveinn Birgisson (essayez de prononcer son nom à voix haute cinq fois de suite) est un auteur islandais, ce qui nous permet accessoirement de découvrir ce pays magnifique, qui est décrit dans le livre avec autant de tendresse que Helga elle-même. Il nous parle aussi de la vie de ces gens qui vivent au-delà du cercle polaire et qui dépendent entièrement de la nature. Car les personnages ne sont pas des citadins. Ce sont des paysans, des éleveurs de brebis à l’existence rude et âpre.

Pour eux, la vie, la mort, le sexe, la douleur, la joie… toutes ces choses font partie d’un ensemble. Ils traitent des unes et des autres avec simplicité, sans tabou ni crainte, ce qui donne, malgré la gravité du sujet, quelques remarques d’un humour certain :

Te voir nue dans les rayons de soleil était revigorant comme la vision d’une fleur sur un escarpement rocheux. Je ne connais rien qui puisse égaler la beauté de ce spectacle. La seule chose qui me vienne à l’esprit est l’arrivée de mon tracteur Farmall. Arracher l’armature et le carton protégeant le moteur pour découvrir cette merveille éclatante qui allait me changer la vie.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas un bouquin drôle. Il est plus qu’émouvant, il est déchirant. Il met plus d’une fois les larmes aux yeux du lecteur, qui découvre progressivement des événements qui font frémir. Car cette histoire, en apparence très banale, est un choc pour celui qui la lit. Bjarni présente aussi son mode de vie, son amour pour cette nature au cœur de laquelle il est né et à laquelle il ne peut renoncer. J’avoue que ces explications ont éclairé ma lanterne à propos de ces campagnards incapables de s’éloigner de leur lieu de vie, malgré les facilités offertes ailleurs et dont la plupart d’entre nous ne pourraient se passer.

Nous qui avons grandi dans une culture qui n’avait guère évolué depuis l’époque du peuplement du pays, et qui avons connu aussi l’ambiguïté du temps présent, ses engins, ses outils et cette saloperie de lait pasteurisé. Bien sûr que l’apparition des bottes en caoutchouc a été un progrès. (…) Croire au progrès et se l’approprier est une chose, mais c’en est une autre que de mépriser le passé.

J’ai vraiment craqué pour cet extraordinaire et court roman à ne surtout pas laisser passer.