CAT 215

cat215C’est un tout petit livre de moins de cent pages, chacune d’elles étant ornée d’une grosse marge. Autant dire que ça se lit vite, d’autant plus que l’histoire est très dense, sans le moindre temps mort, et qu’on n’a pas du tout envie de s’arrêter une fois qu’on a commencé.

Marc est mécanicien. Le lecteur comprend qu’il a autrefois vécu en Guyane, avec sa femme et leurs garçons, et qu’ils sont revenus en métropole après un gros litige entre eux et un ami, Jules, aventurier véreux qui ne recule devant rien pour se faire du fric.

Pourtant, quand Jules téléphone à Marc pour faire appel à ses compétences, il répond favorablement, car lui aussi a besoin d’argent. Et puis, il a envie de revoir cette Guyane qu’il aimait tant.

Jules a envoyé une énorme pelleteuse Caterpillar 215 en pleine jungle, vers un camp d’orpaillage illégal. Malheureusement, conduite par un légionnaire dingue qui a foncé tout droit, elle est tombée en panne. Marc dispose de quelques jours seulement pour changer le moteur, sur place évidemment.

Plantée au milieu de la forêt, la machine est imposante quand nous nous tenons à côté, ridicule face à ce qui l’entoure.

Marc se retrouve donc là, dans une nature hostile au-delà de l’imaginable, entre Jo, ce légionnaire armé et alcoolique qui a perdu la raison et qui hait le monde entier, et Alfonso, un petit Brésilien, chasseur émérite, qui a sans doute fui dans cet endroit pour échapper à la police après un meurtre…

Le style d’Antonin Varenne est excellent. Phrases fortes, rythme soutenu, tensions parfaitement transcrites. On n’a pas le temps de s’ennuyer que la dernière page est déjà là.

Trois mille chevaux vapeur

CHEVAUX VAPEUR +4De l’aventure pure et sans arrière-pensée, voilà de quoi est fait ce livre.

Tout commence en 1852. Arthur Bowman, sergent dans la très puissante Compagnie britannique des Indes orientales, est réputé pour ses tendances à la violence. Il est choisi pour commander une troupe dans une mission très dangereuse au cœur de la jungle birmane. Mais l’affaire tourne mal. Bowman et son équipe sont faits prisonniers. Durant plusieurs mois, ils subissent des tortures atroces. Peu en sortiront vivants : dix, dont Bowman lui-même, car il est du genre à ne jamais renoncer. Dix à survivre, oui, mais avec le corps profondément marqué par les traitements endurés, et l’esprit à jamais perturbé. Cauchemars, insomnies, paranoïa…

Bowman devient policier à Londres, pendant la terrible canicule de 1858. Dans les égouts, le cadavre d’un homme est retrouvé. Il a été torturé d’une façon que Bowman reconnaît sans hésitation. Pas de doute, c’est l’un des neuf autres survivants qui est le coupable. Mais lequel ?

Commence pour Bowman une longue traque. Il recherche l’assassin, bien sûr, mais aussi son propre passé, et sa rédemption pour les crimes qu’il a lui-même commis. Cette traque l’amènera jusqu’en Amérique, dans un décor de western, car à cette époque, juste avant la guerre de Sécession, il y a encore des Indiens, des pionniers à l’assaut de l’Ouest, des chercheurs d’or, des colts, et des milliers de kilomètres à parcourir sur un mustang.

Antonin Varenne nous offre là un roman d’aventures avec ses héros sombres et durs comme du béton, que rien n’arrête, sauf les balles. Et encore, pas toujours. Ce Bowman est vraiment un indestructible baroudeur. Inutile donc de fouiller dans ces pages dans l’espoir d’y dénicher une philosophie ou un thème de méditation, il n’y en a pas, malgré le sujet qui aurait pu s’y prêter. Il n’y a même pas tant d’action que ça.

Bowman s’enfonce de plus en plus loin à la poursuite de sa proie, et le lecteur suit, sans déplaisir, car il est vrai que l’histoire est prenante. Jusqu’au bout, on ne sait pas qui est le coupable, mais bien sûr ce n’est pas le plus important.

Le style est assez déroutant. Par exemple, lorsqu’un dialogue commence, on ignore souvent qui parle en premier, ce que j’ai trouvé très étrange. Par contre, les descriptions sont faites avec une précision notable. Ce qui est visible, évidemment, mais aussi les sons et surtout les odeurs, à qui une grande place est faite. Important, à cette époque où l’hygiène n’était pas particulièrement une priorité.

Une réplique, en particulier, n’a pas laissé indifférent l’immense amoureux de bouquins que je suis :

Je ne crois pas au fond que nous ayons lu trop de livres. Seulement que nous vivons entourés de gens qui n’en ont pas lu assez.

C’est ben vrai, ça !