La vie en mieux

VieEnMieuxIl s’agit de deux longues nouvelles, sans lien entre elles, si ce n’est qu’elles mettent en scène des personnages paumés dans cette vie où ils n’ont pas su trouver leur place, alors qu’ils ont tout pour être heureux.

Dans la première, Mathilde, jolie jeune femme diplômée, gagne sa vie en postant des commentaires bidons sur des sites. Elle vit en collocation avec deux autres filles, avec qui elle a peu de relations. Pendant quelques trop longues pages, Mathilde se lamente sur son sort, sans faire grand-chose pour l’améliorer. Elle ne croit plus en rien, ni en elle, ni en la vie, ni en l’avenir. Franchement, on a envie de lui flanquer des claques !

Un jour, elle égare son sac, qui contient 10 ?000 €, destinés à payer des travaux dans leur appartement. Contre toute attente, le sac lui est rendu, intact, par celui qui l’a trouvé : un drôle de type gros, moche, qui craque pour elle, et qui va changer son existence…

La seconde nouvelle donne vie à Yann. Il est vendeur dans un grand magasin, et vit avec une fille qu’il n’aime plus, mais qu’il ne quitte pas par habitude et peur de la solitude. Un jour, il rend un menu service à un voisin. Celui-ci l’invite à boire un verre, à rester dîner…

Yann découvre alors la façon de vivre de ces gens, une autre philosophie, une autre manière d’appréhender l’existence, qui va transformer la sienne…

La plume d’Anna Gavalda est toujours aussi précise lorsqu’il s’agit de camper des personnages qui nous ressemblent, dans un décor de vie quotidienne convaincant. Les deux histoires de ce livre sont inégales en qualité. La première est tirée par les cheveux et peine à être crédible, malgré de belles envolées littéraires. La seconde est bien mieux plantée. Ce n’est sans doute pas un bouquin qui marquera son époque, mais j’ai eu du plaisir à le lire.

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part

VoudraisQqunQqPartCertains auteurs, rares et admirables, sont capables de parler de n’importe quel détail de la vie quotidienne et de le rendre passionnant. Par exemple, vous leur dites « service à café », et ils vous présentent ces quelques tasses comme autant d’objets précieux, y ajoutent l’arôme du café d’antan, que l’on moulait à la main au cours des longues soirées, tandis qu’un ancien racontait son enfance, les choses essentielles de l’existence…

Anna Gavalda va encore plus loin. Elle ne se contente pas de décrire un objet et d’en extraire une ambiance, elle part d’une situation à la banalité affligeante et la change en un événement dans lequel tout un chacun se reconnaît, et dont l’importance insoupçonnée est mise en avant. Vous lui dites « un homme et une femme ». Comme sujet de texte, plus nunuche, tu meurs. Et puis, on commence à lire, comment ils se sont rencontrés, ce qu’il y avait dans le premier regard échangé, dans un geste en apparence anodin…

Et le lecteur se demande comment il a pu passer à côté de telles évidences, comment il a pu ne pas remarquer la dimension quasi cosmique de cet homme et de cette femme.

J’exagère, mais à peine. C’est de ces petits riens qu’est rempli ce recueil de douze nouvelles. Une femme rencontre celui qui aurait pu être l’homme de sa vie ; une autre tombe enceinte et le monde se met à tourner autour de son ventre ; une jeune photographe suit un chanteur pendant sa tournée ; un militaire passe une permission chez son frère ; une femme vétérinaire s’installe en province ; deux fils à papa vont à une soirée ; un type retrouve une ex perdue de vue…

Et tout cela devient passionnant sous cette plume sans fioritures, avec cette écriture d’une (apparente) extrême simplicité. Lorsque l’auteure décrit les pensées intéressées, mesquines, tendres ou désabusées de tel ou tel personnage, on se rend compte que cela tombe toujours juste, car elle possède non seulement le don rare d’observer ses semblables avec un œil équipé de rayons X, mais aussi celui, encore plus rare, de les peindre. À chaque paragraphe, le lecteur a l’impression qu’on est en train de parler de lui, ou que c’est lui qui a servi de modèle pour cette histoire.

Pour raconter les gens avec tant de talent, Anna Gavalda doit les aimer énormément.