La vraie vie

J’irai droit au but : c’est un bouquin formidable, qui vous prend immédiatement aux tripes et ne vous lâche plus !

Il commence comme ça :

À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.

La chambre des cadavres, c’est celle dans laquelle le père entrepose ses trophées de chasse. Il est violent, ce père. Plus que ça, c’est un prédateur.

En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky.

Il écrase la mère de son autorité, jusqu’à en faire une amibe, et il terrifie ses enfants, Gilles, le cadet, et l’aînée, la narratrice, dont le nom n’est jamais cité, qui a une dizaine d’années au début du récit qui s’étend sur cinq ans.

Pourtant, les enfants grandissent, leur forte complicité leur permettant de conserver une sorte de bonheur malgré les difficultés. Hélas, un jour se produit un accident, bête et imprévisible, sous leurs yeux. Gilles, en particulier, est traumatisé par ce qu’il a vu. Avec des parents attentifs, il aurait pu exprimer son émotion, être suivi et réduire le choc à un mauvais souvenir. Hélas, le garçon est laissé à lui-même, ne parle plus, et à mesure que le temps passe, il se rapproche de son père jusqu’à lui ressembler de plus en plus, au grand dam de sa sœur.

Pour elle, la solution est simple. Il suffit de revenir dans le passé et faire en sorte que l’accident ne se produise pas. Ainsi, son petit frère restera le gamin souriant et adorable qu’elle aime tant. Elle a vu à la télé, dans Retour vers le futur, comment faire, avec une voiture trafiquée et l’éclair d’un orage. Il y a justement une casse auto non loin de chez eux… Est-ce à dire que la télé est la vraie vie, davantage que la réalité ? La narratrice va rapidement se rendre compte que ça ne peut pas marcher de cette manière, mais elle ne renonce pas entièrement à cette idée.

Petit à petit, l’adolescente grandit, s’éveille à la vie et au désir.

Je me suis assise dans la voiture, mon corps à quelques centimètres du sien. Quand il a posé sa main sur le levier de vitesses, elle a frôlé mon genou. La boule de mon ventre est descendue entre mes jambes. Quelque chose s’est mis à palpiter là.

Adeline Dieudonné

Cependant, en grandissant, en se transformant en femme, elle est de plus en plus une proie aux yeux de son père le chasseur. Il va d’ailleurs aller jusqu’à vraiment faire d’elle une proie, ce qui a une signification précise pour un chasseur…

C’est l’obstination et une volonté hors du commun qui permettent à cette jeune fille de survivre au milieu de tant de violence, de sauver ce qu’elle est et de faire l’impossible pour Gilles.

Au long de ce roman, Adeline Dieudonné (que j’ai eu la chance de croiser à la Foire du livre de Brive) a mis tout ce qui constitue la vraie vie : le courage, les difficultés, l’espoir, le bonheur, la mort, l’amour.

La tension est palpable du début à la fin, c’est elle qui fait que le lecteur ne peut plus s’arrêter de lire. Le dénouement n’intervient qu’à la toute extrémité, et bien malin qui devinera ce qui se produit alors.

Rarement une œuvre a fait une telle unanimité dans la critique. Je le répète : c’est un bouquin formidable.

2018 :
  • Prix Première plume
  • Prix Filigranes
  • Prix du roman FNAC
  • Prix Renaudot des lycéens
  • Prix Rossel