L’énigme de la Diane

Cet extraordinaire roman d’aventures historiques de Nicolas Grondin est avant tout une invitation au voyage. J’ai été frappé dès les premières pages par la richesse du vocabulaire et le ton employé, qui plonge immédiatement le lecteur dans cette fin du XVIIIe siècle où se situe l’action.

En 1781, la France, sous le règne de Louis XVI, est en guerre contre les Anglais. Le très jeune Basile se trouve enrôlé de force parmi les matelots de la Diane, fière frégate de la marine royale, sous le commandement du capitaine Selcy. De force, mais pas par hasard. Pourquoi l’a-t-on choisi, lui, orphelin de pêcheur promis à une existence de commerçant sédentaire ?

Découvrant la vie à bord, rude et solidaire, et la navigation aux termes inconnus, Basile va aussi se frotter à la violence et à la mort, à travers les batailles navales où la peur fait autant de ravages que les boulets qui déferlent sur le pont en arrachant tout ce qu’ils rencontrent. Car c’est aussi un voyage initiatique, qui va transformer un gamin des quais d’Audierne en homme et marin accompli.

L’énigme de la Diane, par son vocabulaire extrêmement riche et le ton employé, n’est pas un roman facile. Il nécessite une certaine attention de la part du lecteur. Mais grâce à une profonde connaissance de l’Histoire, de la mer, de la marine, grâce aussi à une rare maîtrise de la plume, Nicolas Grondin nous invite à hisser les voiles en sa compagnie, et je ne peux que vous conseiller d’accepter.

Prix GEO du voyage extraordinaire, Prix du roman maritime du salon Livre & Mer.


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Nicolas Grondin, le 23/03/2012

Grand merci…

L’étrange vie de Nobody Owens

Neil Gaiman est connu pour son talent à inventer et écrire des contes plus vrais que nature. Ce roman ne peut que contribuer à attiser davantage encore cette réputation, avec une histoire qui se déroule dans un univers poétique, drôle et émouvant.

Toute une famille est victime d’un tueur. Seul le bébé en réchappe, par le plus grand des hasards. Toujours par hasard, il trouve refuge dans un ancien cimetière, où il va être adopté par un vieux couple de fantômes, les Owens, qui vont le prénommer Nobody, Bod pour les amis. Et il va en avoir beaucoup, d’amis : Silas, qui n’est ni vraiment mort, ni vraiment vivant, Liza Hempstock la sorcière qui a été brûlée vive, Miss Lupescu, loup-garou à ses heures…

Bod grandit au fil des chapitres, et ses intérêts évoluent. Il veut avoir des copains, aller à l’école… Tant qu’il reste dans le cimetière, il n’a évidemment rien à craindre. Mais s’il franchit la grille cadenassée, il se retrouve menacé par les nombreux dangers qui le guettent dans le monde des vivants. Qui est ce tueur ? Pourquoi veut-il absolument la mort de Bod ?

J’ai été littéralement happé dès les premières pages de ce roman et je me suis volontiers laissé glissé dans cette histoire si touchante et si tendre. Un peu mélancolique aussi, pour le papa que je suis et qui voit grandir ses enfants…

Prix Hugo 2009 / Prix Locus 2009 / Médaille de Newbery 2009 / Médaille Carnegie 2010


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Hélène Ourgant, le 08/04/2011

A voir la couverture, je pensais que c’était un très vieux livre. L’histoire a l’air intéressante.

Martine27, le 10/04/2011

Petit détour par chez Dioméda. J’ai adoré aussi ce livre et les images nous font retomber en enfance juste ce qu’il faut

Les vestiges de l’automne

Ce livre n’existe pas !

Ou plutôt, il n’aurait pas dû exister sous cette forme. En effet, il s’agit du troisième volet d’une trilogie. Après À la fin de l’hiver et La Reine du printemps, L’été du grand retour était censé clore la série. Hélas, un différent entre l’auteur et son éditeur semblait condamner les lecteurs à ne jamais connaître la fin de cette fresque, laissée en plan depuis une vingtaine d’années.

Heureusement, Robert Silverberg n’est pas seulement un grand auteur, c’est aussi un homme qui a le sens des responsabilités. Il offre à ses lecteurs, sous une forme très courte, un point final à la trilogie en publiant une conclusion malicieusement nommée Les Vestiges de l’automne.

Bien sûr, les 115 pages de cette histoire ne donnent qu’une pâle idée du roman que nous aurions dû lire. Mais quel plaisir, pour les inconditionnels de Silverberg (comme moi) de découvrir la fin. Pour étoffer un peu le fascicule, les lecteurs ont droit en prime à une préface de Gérard Klein et au synopsis de L’été du grand retour par le maître lui-même en personne.

De quoi consoler les lecteurs affamés depuis l’abandon de la série, ou au contraire les laisser encore plus déçus de ne pas en lire le développement normal.


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Richard, le 03/04/2011

Un livre qui existe bien.

Jodelle, le 03/04/2011

Bonjour Claude,
Merci pour cette info, bien que je n’ai guère le temps de lire, je sais déjà que je vais me régaler
Amitiés

Camino

Encore un récit autobiographique d’un mec qui a fait un truc pas ordinaire ou qui se prend pour Nicolas Hublot ? Non. Pascal Brielles a “fait” le pèlerinage de St Jacques de Compostelle en 2002, chose qui peut sembler très banale et ne pas mériter davantage qu’un haussement de sourcil poli. Il l’a fait à pied, ce qui est un peu moins courant, soit environ 1200 km à l’aller et autant au retour, qu’il a également effectué à la force des mollets.

Ce qui est intéressant, c’est que Pascal a fait de cette aventure un voyage au fond de lui-même. Parcours initiatique, oui, mais surtout démarche de réconciliation avec son âme, avec un passé douloureux, à la recherche d’une paix intérieure qu’il communique aux autres et d’un Dieu auquel il croit profondément, sans jamais l’imposer à autrui ni se laisser écraser par Lui. Comment le fait de repousser ses limites physiques au-delà de ce qui est supportable permet-il, par cette souffrance, de descendre au plus profond de soi-même ?

Camino est la narration de cette expédition le long d’un chemin poussiéreux, et aussi d’un trajet vers son propre cœur. Rencontres d’un jour, amitiés durables, aléas de la route, souffrances physiques et morales pour aller au bout de ce qu’on a décidé, au bout d’une promesse. Le tout est raconté d’une façon prenante et vivante. Je me suis vite trouvé incapable d’arrêter ma lecture, et j’ai commencé à me poser les questions que ce livre soulève avec le regard perçant, tendre, et parfois amusé qu’il porte sur l’être humain. Plus encore qu’une démarche religieuse, le Camino de Pascal a été une quête mystique et humaniste.

Balance muette : l’un te rejette et l’autre t’accueille. Tu ne sais pas pourquoi mais, au fond, il y a toujours, ou presque, un humain pour en racheter un autre.

Et si vous croyez que ce genre de récit est forcément austère et rigide, vous changerez d’avis quand vous apprendrez qui est Spog…


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Ultreïa, le 15/05/2011

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Bal de givre à New York

Bal de givre à New York est un livre très spécial, et je n’ai toujours pas décidé dans quelle catégorie le ranger. Moitié fantastique, moitié suspense et moitié quête identitaire, il m’a déstabilisé dès les premières pages. (Quoi ? Ça fait trois moitiés ? J’avais prévenu : c’est un bouquin pas comme les autres.) Déstabilisé, oui, de ne pas trouver les repères auxquels je suis habitué, moi, vieux lecteur au long cours à qui on ne la fait pas. Mais là, j’ai été soufflé, désarçonné, déséquilibré et même un peu perturbé par un perpétuel changement de genre déguisé en rythme lent qui s’accélère petit à petit. À chaque fois que je croyais pouvoir me raccrocher à une branche, elle cassait.

L’action se passe à New York. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais je sais bien que New York n’est pas comme ça. Pourtant, c’est bien New York que l’on parcourt au fil des pages. Et depuis quand les infirmes sans bras peuvent-ils déplacer les objets par la pensée ? Depuis quand les voitures peuvent-elles rouler sans être pilotées ? Depuis quand peut-on se fier au vol d’un avion en papier pour trouver son chemin ?

En bon lecteur consciencieux, j’ai spéculé sur ce qui allait se produire, sur qui était en réalité l’héroïne, sur le rôle de chaque personnage, sur les nombreuses questions soulevées, je m’étais plus ou moins attendu à quelque chose de ce genre… mais je n’étais certes pas préparé à ÇA.

Pourtant, la quatrième de couv’ m’avait prévenu : vous sortirez de ce roman comme d’une anesthésie, groggy, chancelant, troublé. Je n’aurais pas cru à ce point.

Alors… lassé des livres dont on devine la fin ? Blasé des vieux trucs classiques ? Déçu de ne rien avoir lu de vraiment innovant depuis Cendrillon ? Ouvrez Bal de givre à New York, de Fabrice Colin, et laissez-vous aller.


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Danielle, le 07/01/2012

Moi aussi je ne connais ni l’un ni l’autre, je me laisserai tenter par l’un des deux, mais après avoir lu les commentaires c’est difficile de choisir. Je suis toujours à la recherche d’un bouquin qui me transporte, quand on y pense c’est un peu magique qu’un livre arrive à vous donner cette impression. Je crois qu’il y en a qui fume des trucs pour se transporter ailleurs…je préfère un livre.

Le rire de l’ogre

Prix du roman Fnac 2005, le rire de l’ogre est un roman qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Guerre et amour s’y entremêlent dans une constante opposition.

Le narrateur, Paul, a seize ans quand il rencontre la jolie Clara. Elle est fille d’un médecin de la Wehrmacht complice involontaire d’un acte inhumain, tandis que le père de Paul a été assassiné, probablement à cause de son implication dans la résistance. Désormais, et malgré leurs destins divergents, Paul et Clara sont étroitement liés l’un à l’autre.

Ils s’éloignent, grandissent, vieillissent, mais se retrouvent de loin en loin, parfois après des années sans nouvelles. Clara, devenue photoreporter, est fascinée par la violence et la mort. Elle parcourt les théâtres de guerre dans le monde entier. Paul trouve sa voie dans la sculpture et semble mener une existence sereine entre épouse et enfants, mais il est sans cesse bouleversé par le souvenir de ces drames survenus dans le passé. Clara surgit à intervalles irréguliers dans sa vie, comme un ouragan imprévisible. Grâce à elle, Paul découvre pourquoi et par qui son père a été assassiné.

Pierre Péju, par ses phrases ciselées avec émotion, nous fait ressentir exactement ce que vivent les personnages. Même les scènes anodines sont peintes avec justesse et originalité.

Tout à coup, il voit les miliciens et leurs fusils. Ils sont plus nombreux qu’il ne pensait. Noirauds, agités. Il voit aussi le trou béant où enterrer les gosses. Il voit le ciel au-dessus de la clairière et les oiseaux qui s’enfuient. Il avance un peu, tenant toujours les deux enfants, puis, à quelques mètres des bourreaux, il défait l’étreinte, et les pousse en avant, avec une infinie délicatesse, voyant une dernière fois leur cou si menu, le duvet de leur nuque. Alors, imitant les deux petits, tous les autres vont s’accroupir au bord de la fosse.

Un roman fort et dur, témoignant sans concessions du poids que les drames passés peuvent avoir sur les générations suivantes.

Ce que j’ai cherché à comprendre, c’est comment des êtres parviennent, non pas à faire individuellement le mal –ça, c’est facile !–, mais à produire, ensemble, une si grande quantité de mal qu’à partir d’un certain moment personne ne peut plus rien arrêter, et les horreurs prolifèrent, comme une mousse noire.

Un aller pas si simple

Le verbe aller est un des plus étranges de notre langue. Avec ses faux airs de premier groupe (terminaison en ER), il semble facile à apprivoiser, aussi simple que ses pairs chanter, flâner et manger.

Pourtant, dès le présent de l’indicatif, nous avançons en terra incognita. Au lieu du simplissime j’alle auquel on pourrait s’attendre, nous découvrons un mystérieux je vais, suivi de tu vas et il va. Puis nous revenons tout aussi bizarrement à de classiques nous allons et vous allez, avant de replonger dans les affres des exceptions avec un incongru ils vont.

Mais ce n’est pas tout. Pourquoi diable le futur de l’indicatif nous entraîne-t-il vers j’irai, tu iras, etc ?

Face à ces étrangetés qui nous feraient perdre notre latin, il faut au contraire s’y raccrocher, et se souvenir que notre verbe aller se disait ire dans cette langue pas si morte qu’on le croit. Voilà d’où vient ce futur déstabilisant. D’autres mots ont la même origine. Périr, qui signifie “aller jusqu’au bout de sa vie”. Subir, dans le sens de “aller dessous”. Transir, qui est synonyme de “aller de l’autre côté”, dans une folle transe. Circuit, dérivé de circuire, “aller autour”. Initier, qui vient de initiare, “aller dedans”

Mais le plus surprenant, c’est que le mot coït a la même origine. En effet, aller ensemble se disait coire. Aller où, ensemble ? Au septième ciel, évidemment. Le coït n’est-il pas le transport en commun que nous empruntons le plus volontiers, rejoignant la transe dans un amusant raccourci ? Pas si fous, ces romains…

Source : Curiosités étymologiques, de René Garrus

Pourquoi diable demandons-nous à quelqu’un que nous rencontrons comment il va ? Cette question si banale n’a apparemment aucun sens. Pour en goûter tout le sel, il faut remonter au temps où la science médicale était encore verte et se préoccupait beaucoup des humeurs et des vapeurs. Le praticien demandait toujours à ses patients comment ils allaient… à la selle. La chose était d’importance, et son diagnostic en dépendait. Songez‑y la prochaine fois que vous saluerez un ami.

À propos d’ami, je remercie chaleureusement Alain Tchungui, qui m’a doctement fourni cette croustillante explication. Comment vas-tu, Alain ? Oh, pardon, ça ne me regarde pas…

Mythologies du monde

Si vous êtes curieux, le Petit Larousse des Mythologies du monde vous intéressera.

Il ne se contente pas de parler des mythologies grecque et romaine comme la plupart des ouvrages qui traitent de ce sujet, mais il fait aussi un tour du monde et de l’Histoire, en passant par l’Inde, la Perse, le Nord, les pays Slaves, l’Égypte, les Celtes, la Chine, le Japon, l’Afrique, l’Océanie, l’Amérique du Sud, et bien d’autres, en 480 pages. Il y a aussi un dictionnaire de 250 pages et quelques illustrations.

Un visionnaire

Voici une remarque pleine de bon sens, du peintre grec Miltos Manetas :

De nos jours, quiconque possède un ordinateur est à la fois Producteur et Pirate. Nous sommes tous citoyens de l’Internet, c’est notre nouvelle nation, le seul territoire qu’il soit justifié de défendre et de protéger. Internet est une terre d’information et de savoir. Chacun devrait être en mesure de la fouler sans contrepartie financière ; seules les grandes entreprises devraient payer pour l’utiliser.

Expliquez et justifiez votre réponse. Je relève les copies dans deux heures…

Caverne d’Ali Baba

J’ai visité aujourd’hui Montolieu, village du livre, dans l’Aude.

Des dizaines de milliers de livres anciens ou récents, de tous les genres, empilés, alignés, exposés, proposés aux amateurs de papier. De très bons moments passés à fouiner et fouiller pour tomber sur la perle rare, ou sur le bouquin qu’on ne cherche même plus, ou encore sur celui dont on ignorait jusqu’à l’existence.