L’Archipel du Chien

Quel est le personnage le plus pourri de ce roman ? Difficile à dire, ils le sont tous. Et même, ils deviennent de plus en plus pourris à mesure que l’histoire avance. Il y en a bien un qui fait tout son possible pour remonter le niveau, mais il peine à la tâche.

Le récit se déroule dans une île faisant partie d’un archipel qui, vu d’avion, ressemble à un chien, d’où le titre. En fait, ce détail n’a pas une grande importance, ça pourrait se passer à peu près n’importe où, pourvu que ce soit une île.

Un matin, sur la plage, on trouve les corps sans vie de trois jeunes Noirs, rejetés par la marée. Qu’en faire ? La municipalité du seul village à un programme pour ouvrir prochainement des thermes et obtenir par là des rentrées d’argent conséquentes. La découverte des trois cadavres pourrait entraîner une très mauvaise publicité et faire capoter le projet.

Alors, le Maire tranche et décide. On ne dit rien. Les corps, on les fait disparaître, ni vu ni connu. Le Curé ferme les yeux, comme toujours. Le Docteur approuve, comme d’habitude. L’Instituteur refuse. Il n’est pas de l’île, on l’oblige à se taire et à suivre. Toutefois, il est le seul à se demander d’où viennent les corps, et comment ils sont arrivés là. Malgré les menaces du Maire, il ne compte pas en rester là.

Un nouveau personnage entre alors en scène, également débarqué de l’extérieur. Aussi pourri que tous les autres, bien que de manière différente. Le Maire trouve la solution à ce problème aussi. Encore pire que la première…

J’ai rapidement été entraîné dans cette histoire sombre qui aborde sous un angle inédit la question des réfugiés et des « passeurs » qui profitent de la situation pour s’enrichir sans scrupules, allant même jusqu’à les assassiner. Le lecteur comprend vite qu’il n’y a pas de gentil dans cette affaire, seulement une personne un peu moins cynique, mais aussi désespérée, que les autres. Philippe Claudel n’a pas fait dans la demi-mesure. Quand il campe un pourri, il en fait un vrai salaud.

La seule à avoir un prénom est une fillette. Les autres ne sont désignés que par leur titre (le Maire, le Curé, l’Instituteur…) ou leur surnom (le Spadon, Amérique, Fourrure…), ce qui renforce leur manque d’humanité.

Une chose est sûre : en refermant ce livre en forme de boule puante, le lecteur apprécie de retrouver son existence et ceux qui l’entourent.

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