Les victorieuses

La cause féministe a trouvé sa championne toutes catégories en la personne de Lætitia Colombani. D’ailleurs, dans ce roman, les hommes, peu nombreux, n’ont que des rôles de figurants.

Ça démarre sur les chapeaux de roues, par une scène de suicide. Solène, avocate réputée, a essuyé un revers au cours d’un jugement. Son client, qui se voit ruiné, se jette dans le vide sous ses yeux dès la sortie du tribunal. Pour Solène (et pour le lecteur), c’est un choc énorme. Adolescente, elle se rêvait écrivaine, mais sous la pression parentale, elle a fait des études de droit.

Un métier sérieux. Peu importe qu’il vous rende heureux.

Complètement investie dans sa profession, elle lui a sacrifié ses week-ends, ses vacances, ses soirées, son couple avec Jérémy, qui l’a quittée pour une autre femme. Qu’importe, elle restait décidée à tout consacrer à son travail.

Le suicide particulièrement dramatique de son client la projette violemment dans le doute et dans la dépression. Elle délaisse le cabinet où elle n’a plus d’avenir, se cloître chez elle entre médicaments, larmes et ennui. Après plusieurs mois, elle tombe par hasard sur la petite annonce d’une association d’aide, qui demande un écrivain public bénévole. Ses vieux rêves éveillés, Solène tente le coup sur le conseil de son psy et propose ses compétences dans un foyer pour femmes en difficulté.

C’est un autre monde qu’elle découvre, celui des femmes qui ont connu la rue, la misère la plus profonde, la violence, les viols à répétitions, le rejet, le déchirement, qui ont frôlé la mort à de multiples reprises, qui sont traumatisées et qui n’attendent plus grand-chose de la vie. Toutefois, elles sont unies par une solidarité à laquelle Solène n’avait jamais goûté.

Ce qui manque dans l’enfance vous manque pour l’éternité.

Là, Solène va devoir se faire accepter, mais aussi accepter ce qu’elle voit, ce qu’elle vit en côtoyant ces femmes avec qui elle croit n’avoir rien en commun.

Blanche Peyron

Parallèlement, un chapitre sur 3 ou 4, l’auteure nous renvoie un siècle en arrière et rend hommage à une femme extraordinaire qui a réellement existé, mais que l’Histoire, injuste, a oubliée. Il s’agit de Blanche Peyron (1867–1933). Officière de l’Armée du salut dès les débuts de cette institution alors extrêmement méprisée, elle s’est investie corps et âme dans l’aide aux plus démunis, particulièrement les femmes. Avec l’assistance de son mari Albin, également membre de ce grand mouvement, et malgré un manque quasi total de moyens, elle a réussi à faire ouvrir en 1926 à Paris (rue de Charonne) un Palais de la femme où étaient accueillies les indigentes. Il existe toujours, et c’est bien sûr là que la Solène du livre retrouve goût à la vie et à la victoire sur les difficultés.

Roman court, poignant, magnifiquement bien écrit, sans temps morts, histoire profondément humaine.

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