J’irai tuer pour vous

Comment parler de ce livre, qui est pile dans une catégorie que je n’apprécie pas trop ? Ceux qui me suivent régulièrement le savent, les thrillers, c’est pas ma tasse de thé, si j’ai lu celui-ci, c’est pour l’auteur. Les critiques de ceux qui l’ont découvert avant moi sont très positives, toutefois elles ont été écrites par des amateurs du genre. L’exercice est bien plus difficile pour moi.

Est-ce que j’ai aimé ce bouquin ? Oui. Est-ce que je l’ai dévoré ? Non.

Le personnage principal, Marc Masson, est un type qui est né pour être un tueur, cependant ça ne fait pas de lui un sauvage, il reste relativement humain. Le titre annonce clairement la couleur, alors je peux le dire : il est une sorte de tueur à gages, sauf qu’il ne bosse pas pour n’importe qui. Il est à la fois très attachant, parce que fragile dans la solitude que son métier lui impose, et peu sympathique car il est rigide dans ses convictions et froid dans ce qu’il accomplit. Et puis… c’est un assassin professionnel, il est sujet à des crises de violences, n’est pas très fréquentable.

Marc Masson est en quelque sorte un surdoué des armes. Certains jouent magistralement aux échecs dès leur plus jeune âge, lui sait tuer sans avoir appris à le faire. À chacun son petit talent, n’est-ce pas ? Il est même tellement fort qu’après quelques années passées dans l’armée, il s’ennuie et décide de déserter. Il est repris, puis repéré par un type très haut placé dans les services secrets français. L’affaire commence en 1985, une époque où notre pays a été la cible d’une série d’attaques terroristes.

Souvenez-vous de ces otages retenus au Liban : Michel Seurat, Jean-Paul Kauffmann, Marcel Fontaine, Marcel Carton… Chaque soir, le JT débutait par l’annonce du nombre de jours écoulés depuis leur enlèvement. L’un est mort en captivité, les autres ont été libérés, certains après presque trois années de détention dans des conditions effroyables. Henri Lœvenbruck suit la chronologie des événements de cette période, cependant il invente des attentats qui n’ont pas eu lieu et mêle ses personnages fictifs à d’autres, bien réels, comme François Mitterrand et Charles Pasqua. Il nous promène entre le Brésil, Beyrouth, Paris, Lyon… Au passage, nous trouvons quelques réflexions qui sont malheureusement toujours d’actualité.

Les politiques sont toujours dans une logique d’urgence, ils pensent d’abord à leur réélection. Et le terrorisme, ça ne se traite pas dans l’urgence, c’est une lutte de longue haleine.

Ou alors, plus cinglant :

La norme semble non plus d’avoir une pensée, mais un avis. Un avis politique. Au lieu de se forger chaque jour une philosophie de vie propre, on se sent obligé de choisir un camp, on devient un partisan et, dès lors, on cesse de penser.

Marc est donc recruté pour être un homme de main souterrain, de ceux qui n’existent pas officiellement. C’est très bien écrit, le rythme est lent, les péripéties parfaitement tricotées et parfaitement amenées dans le récit, c’est très prenant, cependant je me suis un peu ennuyé. Je le répète : c’est personnel, je n’aime pas trop ces histoires, et malgré des intrigues secondaires comme la romance entre Marc et une jolie libraire, malgré le style impeccable de l’auteur, le temps m’a semblé par moment un peu long.

J’ai trouvé le dernier quart du livre bien plus accrocheur que le reste, quand l’élément humain s’impose dans le déroulement de l’affaire, je l’ai lu d’une traite.

Si vous aimez les romans à suspense, les rebondissements imprévus, les accélérations brusques, l’action mouvementée ou carrément violente, vous serez servis, ce livre mérite le détour. À noter que l’auteur, dans sa préparation, s’est fait aider par de vrais barbouzes et hommes de l’ombre des services secrets, de manière anonyme évidemment. Il s’est inspiré d’anecdotes racontées par ces gens, en modifiant bien sûr les époques et sans citer de noms.

J’oubliais un détail… L’Élysée a eu et a encore recours à des hommes en missions non officielles. Alors forcément, au cours de ma lecture, j’ai pensé à plusieurs reprises à l’affaire Benalla et son parfum d’espionite, d’actions secrètes en rapport avec des ventes d’armes et tout ce qu’on ne saura jamais.

2 réflexions sur « J’irai tuer pour vous »

  1. Tu vois Claude, moi, ce qui m’intrigue se trouve déjà dans le titre “.…“POUR VOUS”;
    Comme pour toi, ce genre de lecture n’est pas non plus ma tasse de thé. Malgré tout, tu me donnes envie de lire ce bouquin. Alors, à bientôt certainement, pour te dire ce que j’y ai trouvé.…
    Amicalement, Michèle Mich

    • Il faut le lire pour comprendre complètement le titre. Mais l’essentiel est là : le gars va tuer à la place de quelqu’un d’autre.
      Drôle de métier…

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