Le grand roman des maths

Voilà une lecture très différente de celles qui sont les miennes habituellement.

C’est vrai que le thème des mathématiques m’attire généralement. Pas pour l’aspect scientifique, mais pour le côté esthétique.

Quoi ? De la beauté dans les maths ? Il est grave celui-là !

Oui, je trouve qu’il y a dans les maths une harmonie évidente, et même de la grâce quand on se donne la peine de chercher. Je ne suis pas un matheux, je ne connais pas grand-chose à cette discipline, mais l’élégance d’une série, la finesse d’une démonstration, ou le tracé de certaines courbes me laisse pantois d’admiration.

J’ai découvert Mickaël Launay il y a quelques années par la chaîne YouTube baptisée Micmaths qu’il a créée et dans laquelle il révèle aux profanes, avec humour et clarté, la beauté des maths. Ni sa chaîne ni son livre n’ont pour but d’expliquer les maths. Si vous êtes étudiant et que vous cherchez des perfectionnements, vous ne les trouverez pas là. Par contre, vous trouverez de quoi vous convaincre que les maths peuvent procurer un immense plaisir à celui qui se penche sur elles de manière adéquate.

Pour Mickaël, tout est bon pour révéler les maths et leur aspect esthétique. Par exemple, les diverses façons de monter un escalier, l’art de partager un plat de spaghettis à la St Valentin ou la forme d’un ballon de foot. Ma vidéo préférée, sur sa chaîne, reste La face cachée des tables de multiplication. Incontournable !

Revenons à ce livre, qui a valu à son jeune auteur le Prix Tangente du livre et le Prix d’Alembert, qui récompense la popularisation des mathématiques.

Le lecteur a l’impression de découvrir la biographie d’un personnage célèbre, sauf qu’il s’agit des maths. Le roman s’ouvre sur une visite au Musée du Louvre, à la recherche des frises décoratives dessinées sur des poteries datant de l’antiquité. Cette démarche nous donne l’occasion de réaliser que les maths sont partout, surtout là où l’on ne s’y attend pas.

En déroulant l’Histoire jusqu’à notre époque, Mickaël nous entraîne de découverte en surprise. Nous prenons conscience par exemple que les nombres ont une existence propre, indépendante de ce qu’ils représentent, liée à leur écriture.

Si je vous demande de penser à un mouton, comment le voyez-vous ? Vous vous représentez sans doute un animal bêlant à quatre pattes, avec de la laine sur le dos. Il ne vous viendrait pas à l’esprit de visualiser les six lettres du mot « Mouton ». Pourtant, si je vous parle maintenant du nombre cent vingt-huit, que voyez-vous ? Apercevez-vous le 1, le 2 et le 8 qui prennent forme dans votre cerveau et s’enchaînent comme écrit à l’encre impalpable de vos pensées ? La représentation mentale que nous nous faisons des grands nombres semble indispensablement enchaînée à leur forme écrite.

Le lecteur apprend aussi que le zéro, chiffre si particulier puisqu’il désigne du « rien » tout en occupant une place de poids, a été mentionné pour la première fois par un savant indien nommé Brahmagupta, qui a également conçu les nombres négatifs.

En vrac, on découvre que c’est Descartes qui a imaginé le système de coordonnées x et y, que les mathématiques et la géométrie ont longtemps été des domaines distincts, et mille autres anecdotes passionnantes.

C’est l’histoire des maths, autant que celle de l’esprit humain. En progressant dans cette étude, les savants ont aussi découvert la nature.

Ce que vont comprendre les savants du XVIIe siècle, c’est que la nature elle-même, dans son fonctionnement le plus intime, est réglée par des lois mathématiques.

Et comme l’a déclaré Galilée :

« La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaître les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit en langue mathématique, et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques. »

Au cours de nombreux siècles, les hommes ont progressé dans la science des mathématiques, qui sont bien plus proches de la philosophie qu’on le croit généralement, au point de se transcender et de pénétrer des territoires merveilleux à peine concevables une ou deux générations avant leur avènement. Mais d’où viennent les maths ? Vaste question…

La nature des mathématiques : sont-elles des inventions humaines ou ont-elles une existence indépendante ? Les mathématiciens sont-ils des découvreurs ou des créateurs ?

Et le style de ce livre, me demanderez-vous, et l’écriture ? Car l’aspect littéraire est fondamental, n’est-ce pas ? Eh bien, il n’est pas en reste. L’auteur a beau être avant tout un scientifique, il a une plume tout à fait correcte, que pourraient lui jalouser certains écrivains à la prose beaucoup plus lourde. À mon avis, Mickaël a toutes les qualités nécessaires à un bon romancier de fiction : l’imagination, la maîtrise de la langue, les connaissances, et l’ouverture d’esprit.

Même si vous vous croyez allergique aux maths (ou surtout si…), soyez curieux, plongez-vous dans ce livre. Commencez par faire un tour sur la chaîne de Mickaël. Vous ne le regretterez pas, je vous l’affirme !

J’oubliais… avec sa bonne bouille et son air d’enfant trop vite grandi, Mickaël Launay est docteur en mathématiques, spécialisé dans les probabilités.

12 réflexions sur « Le grand roman des maths »

  1. Salut Claude ,

    j’aime beaucoup cette chaîne YouTube. C’est très bien fait, c’est vif, c’est symp, que du bon …
    je vais peut-être bien acheter son bouqui.
    Pour moi qui a fait de ma vie professionnelle l’enseignement des mathématiques, il n’y a pas de doute sur l’élégance et la poésie que les maths recèlent. Lorsque j’avais une classe d’un niveau un peu plus élevé que la moyenne, je leur faisait lire ce texte.

    http://fondationsaintjohnperse.fr/html/Souffle_HS1_Discours.pdf

    C’est l’allocution de St John Perse pour le remise de son Nobel de littérature et ce paragraphe m’a porté depuis le lycée. Je ne remercierait jamais assez mon prof de français d’alors de me l’avoir fait connaitre .

    – La poésie n’est pas souvent à l’honneur. C’est que la dissociation semble s’accroître
    entre l’œuvre poétique et l’activité d’une société soumise aux servitudes matérielles. Ecart
    accepté, non recherché par le poète, et qui serait le même pour le savant sans les applications
    pratiques de la science. Mais du savant comme du poète, c’est la pensée désintéressée que l’on entend honorer ici. Qu’ici du moins ils ne soient plus considérés comme des frères ennemis. Car
    l’interrogation est la même qu’ils tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes
    d’investigation différent.

    Amicalement
    Patrick

    • Merci, Patrick. Ça ne m’étonne pas que tu connaisses Mickaël Launay. Ce livre devrait te plaire, car même s’il s’adresse prioritairement au profane, même un pro comme toi y apprendra des choses passionnantes.
      Merci pour ce texte. Je vais le garder dans mes archives et le relire de temps en temps. La poésie a beaucoup de points communs avec les maths, beaucoup plus qu’on le croit, dont celui-ci : ces deux domaines sont considérés comme “en dehors” de la vraie vie. Pour la plupart des gens, ils sont rébarbatifs et ennuyeux. Alors que c’est tout le contraire !

  2. Oh, Claude ! Tu vas parvenir à me faire aimer les maths ? vu/lu comme ça, ce livre est très tentant. Je pense même que ma fille, matheuse apprécierait ?
    Bon week-end. Bisous

    • Au début de son livre, Mickaël Launay raconte une anecdote. Il tenait, je ne sais plus où, un stand sur lequel il présentait des activités et points de vue mathématiques sur les choses. Alors, une femme lui a fait remarque que ça, c’était amusant, ce n’était pas vraiment des maths. Voilà le drame. Pour la majorité des gens, les maths sont forcément, par définition, un truc compliqué et chiant. Autant dans ce livre que sur sa chaîne, Mickaël démontre que non seulement les maths sont partout autour de nous, mais qu’elles sont extraordinairement belles, amusantes et poétiques.
      Sans être moi-même un grand matheux, j’ai toujours “senti” les maths dans toutes les belles choses qui m’entourent, leur présence m’a été simplement confirmée par ce mathématicien vraiment pas comme les autres.
      Lis ce bouquin et fais-le lire à ta fille, vous ne le regretterez pas.

    • Tiens, une revenante ! Ça fait plaisir. 😀
      J’ai parlé il y a 4 ans du Théorème du perroquet. L’approche est assez différente dans la forme. Denis Guedj en a fait un vrai roman, avec des personnages, une intrigue, etc, alors que Mickaël Launay raconte l’Histoire des maths de manière beaucoup plus classique, tout en la rendant aussi prenante qu’un roman.
      Pour ma part, j’ai préféré le livre de Launay, qui m’a davantage entraîné sur les chemins de la passion. Dans celui de Guedj, le côté roman prend parfois un peu trop le dessus, mais il reste très intéressant.

      • Et oui, une revenante !
        Je sais que tu en as parlé il y a quelques années, j’ai même été relire l’article ce matin du coup.
        J’irais voir ce lui-ci, j’aime les maths, autant que les livres je pense.

        Dans le genre de livre de vulgarisation des maths j’avais lu : “Dans l’oeil du compas” (mais je ne sais plus de qui) à ne pas confondre avec le monsieur qui fait de la vulgarisation sur les techniques médiévales de construction (très bon aussi, je l’ai vu en festival, mais bref).
        Le livre donc retrace l’histoire des maths depuis Euclide (ou même avant) à maintenant (ou même après ?), j’avoue avoir décroché un peu sur la fin quand même (la théorie des cordes, même vulgarisé, ça reste ardue)

  3. Hum, j’ai 2 enfants, une de 5 ans et un de 15 mois, je pense que je ne vais pas pouvoir tout voir en enchaînant ^^
    D’ailleurs, une autre chaîne youtube de vulgarisation scientifique où tu peux plus t’arrêter, il y a “e‑penser” (même s’il ne sort plus autant de vidéos ces derniers temps).

    • J’ai pas dit tout d’un coup ! 😀 Avec ou sans gosses, ça fait beaucoup. Je connais d’autres chaînes de ce genre, mais j’aime beaucoup celle de Michaël pour son humour, pour le ton qu’il donne à ses vidéos (on sent qu’il s’amuse, il communique ce plaisir), et tout simplement pour sa bonne bouille. J’espère le rencontrer un jour.
      Bon courage avec tes petits. Les miens sont grands, maintenant (24 et 20 ans), mais on n’est pas moins préoccupés lorsqu’ils grandissent. Mon aîné est en ce moment au Cambodge, il va bientôt aller en Thaïlande pour y faire de la plongée ! 😐 Et il me répète de ne pas m’inquiéter… 😥

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *