Plus tard, je serai un enfant

La réputation d’Éric-Emmanuel Schmitt n’est plus à faire, ni comme écrivain ni comme homme. Comme écrivain, il est l’auteur de très nombreux romans, nouvelles et pièces de théâtre dont la plupart ont été des succès, il est un des auteurs français les plus lus, aussi bien dans l’hexagone qu’à l’étranger. Comme homme, il est connu pour être extrêmement disponible, simple, attentif, toujours prêt à recevoir un lecteur avec ce sourire qui ne le quitte jamais.

Toutefois, il est très discret, et s’exprime rarement sur lui-même. Pourtant, dans ce livre, il accepte de se livrer et de parler de son enfance dans une série d’entretiens avec la journaliste Catherine Lalanne, qui a compris que les premières années d’un artiste sont celles qui le marquent le plus pour le restant de sa vie, et qui ont une influence sur tout ce qu’il fera par la suite.

Je vais vous parler en premier, pour m’en débarrasser, de ce qui m’a légèrement gêné dans ce bouquin. Il s’agit du style, que j’ai trouvé un peu trop emphatique. Étrange, pour un ouvrage dans lequel se livre un écrivain qui est renommé pour la simplicité de sa plume. Le pseudo langage oral de ce livre prend parfois des tournures trop ampoulées. Bien sûr, ce n’est qu’un détail, l’important n’est pas là.

L’important, c’est que le lecteur découvre l’enfance lyonnaise du petit Éric-Emmanuel, entre des parents à l’esprit très ouvert et une grande sœur aimante. Il apprend que ce gosse a été (et est toujours), passionné par la musique, boulimique de lecture, qu’il a commencé très tôt à écrire, et même à avoir du succès, qu’il a eu une adolescence très difficile… J’ai particulièrement apprécié le chapitre intitulé « Le créateur joyeux » dans lequel le célèbre et incorrigible optimisme de cet homme est expliqué et justifié avec brio.

Contrairement à l’accablement qui a pignon sur rue, on ne prend pas la joie au sérieux. Si on respecte le pessimiste, on assimile l’optimiste à l’idiot du village, au ravi de la crèche.

La bonne humeur se mérite et s’entretient, ne l’oublions pas. Si la vraie joie est ce qui demeure quand on a pressé le jus du malheur, car la vie de l’adulte qu’il est devenu n’a pas toujours été facile, elle se justifie aussi comme revendication et réaction à la morosité générale.

Je suis optimiste parce que je trouve le monde cruel, injuste, indifférent.

Les admirateurs et inconditionnels d’Éric-Emmanuel Schmitt (dont je suis) se régaleront en lisant les déclarations et aphorismes, souvent drôles, toujours pleins de bon sens, qui émaillent ce bouquin. Je vous en livre quelques morceaux choisis. À propos des enfants :

Obtenir des diplômes, décrocher des prix, gagner de l’argent, épingler des honneurs. Un enfant ne prend pas de telles futilités au sérieux !

Au sujet de l’écriture :

Un écrivain de fiction n’est pas un menteur, plutôt un créateur : il s’affranchit du réel pour fabriquer une réalité.

Sur les obligations de l’existence :

La nécessité de travailler pousse à exploiter ce que l’on sait, non à explorer ce que l’on ignore.

Sur le théâtre, si important dans la vie d’EES :

Le théâtre, ce séjour où la réalité demande l’aide de l’imagination pour devenir consistante.

Enfin, au sujet de son œuvre :

Je n’écris pas pour étaler ce que je pense, mais pour le découvrir. Écrire implique d’enquêter, de creuser, de patienter, d’ausculter, d’insister, de peser, de réfléchir, de formuler puis de reformuler, d’atteindre le moment de vérité où enfin l’on résonne juste, l’on perçoit juste, l’on parle juste.

C’est un bouquin qui ne révèle rien d’indiscret sur Schmitt, mais c’est assurément une perle pour ses fans.

1 réflexion sur « Plus tard, je serai un enfant »

  1. Je reconnais que c’est grâce à toi que je suis allée vers cet auteur dont j’ai maintenant envie de lire toute l’oeuvre. J’aime les phrases sur l’optimisme et sur la joie, j’aime sa façon de voir la vie. Je comprends tout à fait ce qui t’attire vers lui. Merci Claude.

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