L’homme qui voyait à travers les visages

S’il est un thème « chaud » en ce moment, c’est bien celui du terrorisme et des attentats meurtriers qui vont avec. J’ai déjà parlé ici de ce sujet, qui apparaît de temps à autre dans la littérature récente. C’est aussi le propos de ce bouquin. Mais comme l’auteur est Éric-Emmanuel Schmitt, il faut s’attendre à de l’original, à du jamais-vu-comme-ça, et à une approche philosophique et même mystique de la question.

Le narrateur, Augustin, possède un don particulier. Il voit, parfois, des êtres, généralement de petite taille, qui accompagnent certaines personnes. Qui sont-ils ? Apparemment des gens qui sont morts, et qui ont été « attachés » à un vivant pour le conseiller et le guider à son insu.

Tout commence le jour où Augustin est témoin d’un attentat. Il a vu le terroriste, il l’a vu hésiter… et il a vu ce petit bonhomme en djellaba lui crier quelque chose à l’oreille. Alors, l’autre a appuyé sur le bouton. Quel con !

On peut les repérer à ça, les cons : ils n’ont même pas le concept de con dans leur vocabulaire.

C’est le point de départ de deux enquêtes. L’une est classique, policière, est menée par le commissaire Terletti, l’autre est plus spirituelle. Pour la suivre, Augustin est aidé par la juge Poitrenot, et par un philosophe et écrivain humaniste du nom de… Éric-Emmanuel Schmitt !

Vous avez bien lu. Avec beaucoup d’humour, l’auteur se met en scène lui-même, et c’est un régal de le voir se décrire. L’humour n’empêche pas le sérieux, et les réflexions pleines de bon sens fusent.

Au lieu d’admettre les bornes de son esprit, le fanatique refuse d’ignorer ce qu’il ignore et préfère prendre ses options subjectives pour des vérités objectives. La violence surgit quand l’homme rejette ses limites.

Alors, le terrorisme a‑t-il un rapport avec Dieu, ou n’est-il que l’expression d’une haine qui a besoin d’un prétexte ?

Quand les hommes rechignent à penser le pire, Dieu les aide. Les massacres, les guerres, les génocides, les holocaustes, les exécutions, les explosions, l’Inquisition, le terrorisme radical, voilà la preuve de Dieu sur terre.

Bien sûr, il y a la solution de l’athéisme, qui ne met aucunement à l’abri.

– Croyez-vous en Dieu ?

– Non, je n’y crois pas. Mais je suis persuadé qu’il existe.

– Ce n’est pas croire, ça ?

– C’est avoir peur.

Finalement, Augustin, qui est stagiaire dans un journal (j’ai oublié de le préciser), réalise l’interview dont rêvent tous les reporters du monde. Il pose des questions à Dieu lui-même, celui qui a écrit les trois livres les plus importants du mode : l’Ancien Testament (pour le Judaïsme), le Nouveau Testament (pour la Chrétienté), et le Coran (pour l’Islam) !

Pour toi, la vérité c’est ce qui précède le livre et que le livre raconte. Pour moi, c’est ce qui lui succède et qu’il génère.

Pour l’auteur, le remède serait une meilleure éducation de tous, bien sûr, mais pas dans n’importe quel domaine. Et là, je suis personnellement tout à fait d’accord avec lui :

La solution ? Tous philosophes ! Le salut ? La connaissance ! Attention, une connaissance aussi humble que la foi, une connaissance qui sait qu’elle tire sa validité de ses procédures restreintes. J’estime définitivement que la seule discipline qu’on devrait pratiquer après avoir appris à lire et à compter, c’est la philosophie.

Alors, comment répliquer dans l’urgence, lorsque la violence extrême agit ?

On ne répond pas à la douleur par la tolérance. Pas tout de suite.

Ce n’est sans doute pas le meilleur bouquin de Schmitt, mais je suis certain qu’il s’y est investi à fond. Parvenir à faire sourire avec un tel sujet n’est pas à la portée de tout le monde, alors on peut bien lui pardonner quelques scènes capillotractées, non ? D’autant plus que ça se termine par une belle projection vers le futur.

5 réflexions sur « L’homme qui voyait à travers les visages »

  1. Super critique! Merci Claude.
    Je ne sais combien de fois j’ai pris ce bouquin en main, pour le feuilleter,et pour à chaque fois, le redéposer en rayon.
    Rien que les citations que tu reprends ici me feront sans doute un jour l’emporter.

    • Quand Éric-Emmanuel Schmitt sort un nouveau bouquin, je ne perds pas de temps à le prendre en main, à le feuilleter ou à demander l’avis des autres. Je l’achète et je le dévore ! 😀

      • Goulafre ( comme on dit chez nous)! 🙂
        Je ne fais pas la fine bouche, non non, pas du tout, j’adore cet auteur. Ce bouquin est bien sur ma liste quand j’aurai fini la pile. 😉
        Il existe en version audio aussi, j’ai vu.

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