L’ours est un écrivain comme les autres

OursÉcrivainCommeAutresArthur Bramhall rêve d’être écrivain. Il rédige un roman, hélas, le manuscrit est détruit dans un incendie. Sans se décourager, il réécrit tout. Une fois ce travail achevé, il estime qu’il a droit à une récompense. Il dépose la mallette contenant le texte au pied d’un arbre, afin de le mettre à l’abri d’un éventuel feu, et va acheter du champagne. Mais un ours trouve le roman et décide de se faire passer pour son auteur.

Ben oui, quoi ? Où est le problème ? Il vole des vêtements humains, prend la mallette et se présente devant un agent littéraire en se faisant appeler Dan Flakes. Et ça marche ! Ça marche, parce que l’industrie du livre est une machine à fric. Il est possible de faire du fric avec ce livre, avec cet auteur, donc, la machine se met en route, et nul ne remarque que le supposé écrivain est un plantigrade. Il est à noter que personne, pendant un bon moment, ne lit ce fameux bouquin. Son contenu n’a guère d’importance, pas plus que celui qui l’a rédigé. Ce qui compte, c’est la campagne de promotion, les interviews, les critiques dans la presse.

Pour l’ours, ce qui importe, c’est de devenir humain. Il est prêt à tous les efforts qui seront nécessaires, toutefois il a des difficultés à s’humaniser, à se comporter comme une vraie personne. Après tout, il n’est qu’un ours mal léché, ce qui donne lieu à des situations désopilantes. Quand l’ours ne sait pas quoi dire ou quoi faire, il dit ou fait n’importe quoi, et sa réponse est systématiquement interprétée d’une façon correcte par son interlocuteur, tant celui-ci s’attend à un propos ou une action cohérente. C’est bien connu, les hommes ne comprennent que ce qu’ils s’attendent à comprendre.

Ainsi, notre ours avance lentement mais sûrement vers le statut de vraie personne, au détriment d’Arthur Bramhall.

Il venait de franchir une étape cruciale dans son cheminement vers l’humanité. Il s’était accouplé plus d’une fois dans l’année.

Le résultat est très drôle, on s’en doute. William Kotzwinkle présente là une fable tordante, et un regard acide sur l’humanité en général et les milieux intellectuels en particulier. Car involontairement, l’ours parvient à ses fins, grâce à la stupidité des gens qui l’entourent.

Exceptionnellement, je vais vous offrir deux critiques pour le prix d’une. Cet auteur au nom imprononçable, ça ne vous dit rien ? Pourtant, vous avez tous, j’en suis certain, entendu parler d’un de ses romans. C’est lui qui a écrit E.T. l’extra-terrestre, qui a donné le célébrissime film. Mais ce livre est très différent de l’œuvre cinématographique. Spielberg a joué la carte de l’émotion, on a tous eu la larmichette à l’œil devant ces images. Le bouquin, lui, est un gigantesque éclat de rire. L’histoire est la même, cependant l’effet produit est tout autre.

Lisez ces deux bouquins, vous ne le regretterez pas.

8 réflexions sur « L’ours est un écrivain comme les autres »

  1. Super intéressant ces 2 critiques. Le début que tu racontes me fait penser au livre que j’ai lu dernièrement sur toute cette machine d’édition oú le plus important est le nombre de livres vendus plutôt que la qualité de son contenu…

    ET l’extraeterrestre je connais le film bien sûr et ce que tu dis sur le.livre attise ma curiosité : je ne vais pas pleurer mais rire en lisant cette histoire ? En es tu bien sûr car je suis hypersensible…

    Binne soirée et à bientôt

    • J’ai lu E.T. il y a très longtemps, plus de trente ans, à l’époque où le film était sorti. Je me souviens que je l’avais acheté dans un kiosque sur un quai de métro. Je l’ai commencé immédiatement, j’ai continué en marchant dans la rue jusque chez moi (c’est la seule fois où ça m’est arrivé), j’ai ôté mes chaussures et j’ai poursuivi d’une traite jusqu’à le terminer. Je ne l’ai littérallement pas lâché, je riais aux éclats, tout seul. Bien sûr, je ne sais pas quel effet il me ferait si je le reprenais aujourd’hui, mais lis-le. Ce bouquin devrait être remboursé par la sécu dans les cas de déprime.

  2. Bien tentant ce livre? Je vais l’acheter immédiatement, car le rire aujourd’hui serait certainement une bonne thérapie contre le climat actuel. Merci Claude

  3. Ta critique de ce livre me fait penser à une chanson de Frederik Mey : “l’ours qui voulait rester un ours”

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