On dirait nous

OnDiraitNousParfois, pour comprendre le titre d’un bouquin, il faut être assez avancé dans le livre, ou même parvenir à la dernière page. Avec celui-ci, le lecteur est dans le coup dès le second paragraphe. C’est plus simple.

Soline et Illan forment un beau couple dans la trentaine. Elle est violoncelliste virtuose, il vit de petites magouilles et de grands espoirs, mais qu’importe ? Ils sont amoureux et pleins d’avenir, là est l’essentiel.

Yoa et Georges sont trois fois plus âgés. Yoa est d’origine amérindienne, c’est une Tlingit, ethnie d’Alaska presque disparue, ainsi que leur langue et leur culture. Eux aussi forment un couple très uni.

Lorsque Soline et Illan voient les deux anciens pour la première fois, ils pensent « On dirait nous, quand on sera vieux. » Et les deux autres pensent « On dirait nous, quand on était jeunes. »

Yoa est atteinte de la maladie de Charcot, il lui reste peu de temps à vivre. Dans sa civilisation, lorsqu’un vieillard ou un malade sent que sa fin est proche, il choisit dans quelle famille il va se réincarner et, une fois obtenu l’accord de ses futurs nouveaux parents (accord soumis à un protocole complexe et précis), il peut s’éteindre en toute quiétude, sûr de revenir dans de bonnes conditions.

Yoa sait que le terme de sa vie est proche. C’est ainsi que Soline et Illan se voient présenter la plus étrange des requêtes : « Voulez-vous être les futurs parents de ma femme ? »

Beaucoup de sentiments et de sujets se mêlent et s’entremêlent dans ce roman de Didier Van Cauwelaert. Il y a non pas une, mais deux histoires d’amour et de tendresse. Il y a le thème de la mort, de l’enfance, de ce que c’est de devenir parent, celui des peuples minoritaires en voie de disparition, le sujet de l’écologie et des plantes (comme souvent chez cet auteur), la vieillesse, la fidélité… Le tout sur fond d’humour, car Illan, qui est le narrateur, a parfois sur le monde un point de vue assez décapant.

Également, beaucoup de drôlerie avec la situation, on s’en doute. D’autant plus qu’une fois Yoa disparue et Soline enceinte, le brave Georges devient vite un peu envahissant. D’une part, il marche plus ou moins dans la croyance que le bébé à venir est la réincarnation de sa femme, d’autre part, lui qui n’a jamais eu d’enfant attend celui-ci comme si c’était le sien. Considère-t-il Soline comme la fille qu’il aurait pu avoir, ou devient-il un peu amoureux d’elle, par-delà les générations ? Illan n’est-il pas une sorte de rival ?

Le sujet est déjà très original en lui-même, mais en plus, l’histoire est servie par la magnifique plume de Didier Van Cauwelaert, dont les phrases, où chaque mot à sa place, fusent comme un feu d’artifice. J’ai retenu celle-ci, tirée des obsèques de Yoa :

Une crémation à huis clos dans un incinérateur à développement durable, dont les fumées recyclées par les circuits du chauffage urbain permettraient d’obtenir des cendres bio certifiées Afnor.

Un excellent livre, actuellement mon préféré de cet auteur pourtant prolifique.

3 réflexions sur « On dirait nous »

  1. Ton avis sur ce livre est la confirmation d’une critique excellente que j’ai lue je ne sais plus où… Mon prochain achat, donc. Merci Claude, et bon vent ! Ne m’en veux pas, je serai absente des réseaux internet pendant trois semaines environ. Amitié et à bientôt !

  2. Très chouette critique… j’ai toujours bien aimé Didier, que je suis chaque fois que je peux… merci Claude !

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