L’homme de ma vie

LHommeDeMaVieComment vivre, s’affirmer et ne pas sombrer quand on est un garçon méprisé par son propre père, en qui l’on voit malgré tout une idole ?

C’est la situation qu’a vécue Yann Queffélec. Son père Henri était lui-même écrivain, connu et reconnu, puisqu’il a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française en 1958 pour son livre Un royaume sous la mer, et le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 1975.

Pour le petit Yann (Jean de son vrai prénom), c’est le modèle idéal. Dès son plus jeune âge, il décide de devenir écrivain comme papa.

Mais, troisième enfant, non désiré, d’une fratrie de quatre, il est de trop. Son père n’a jamais accepté son existence, et encore moins sa notoriété, vécue comme une concurrence, lorsque Yann a commencé à écrire lui aussi.

Et lorsque Yann obtient le prix Goncourt en 1985 pour Les noces barbares, son père ne lui parle plus pendant un an. Il n’est même pas sûr qu’il l’a lu, ce livre qui a fait de son fils un écrivain de renom.

Dans le présent bouquin, Yann raconte les principaux épisodes de son existence, tous en rapport avec son père.

Mon père indifférent, mal aimant.

L’enfance, les premières poésies, hésitantes, qu’il a écrites, et qui ont été déchirées par Henri, les brimades, le mépris, la violence psychologique. L’inévitable comparaison avec le frère aîné, à l’avantage systématique de celui-ci. Puis l’adolescence, les rêves, les projets, le décès de la mère, malade, et enfin l’âge adulte, ce fameux prix Goncourt, et finalement la vieillesse et la mort de ce père indigne, avec qui il n’a jamais vraiment parlé, et qui n’a jamais eu pour son fils le moindre geste paternel.

Comment Yann a‑t-il évité de sombrer lui-même dans la violence, avec un tel modèle ? Sans doute parce que malgré tout, il vouait à ce papa une admiration sans bornes, qui lui fait affirmer, aujourd’hui encore, qu’il n’aurait pas voulu d’un autre papa, et qu’il prendrait le même si c’était à refaire car quoi qu’il ait fait, il reste pour Yann l’homme de sa vie.

Que dirait-il, Henri, s’il savait que Yann a fait de son mépris et de sa haine un magnifique livre ? Il le « casserait », bien sûr, sans le lire…

5 réflexions sur « L’homme de ma vie »

  1. Moralité, je me souviens et me souviendrai du fils, mais jamais du père ! Pourquoi est-ce que ce genre d’histoire fait chaque fois naître en moi une haine sourde et une brusque envie de monter aux barricades au secours du petit Yann ? je me le demande…

    • Mais si Henri n’avait pas été comme ça, Yann serait tout autre. Peut-être ne serait-il pas écrivain, même. C’est sans doute pour cela qu’il est satisfait d’avoir eu ce papa.

      • Et peut-être que si son père l’avait aimé et lui avait donné tout ce qu’il pouvait, il serait devenu un écrivain encore meilleur… On peut être exigeant avec son enfant, mais faut-il vraiment être maltraitant ? je reste persuadée qu’on obtient plus avec de l’amour qu’avec du mépris et qu’il n’est pas forcément obligatoire de souffrir pour réussir dans la vie… N’est-ce pas toi qui le disait (ou, comme nous le pensait) ? regarder dans la même direction, aider l’autre à s’accomplir ?

  2. Sans compter qu’il y a une jalousie certaine derrière tout cela… et sans doute aussi une relation très malsaine de victime à bourreau… non, j’ai beau chercher, je ne trouve pas de justification à ce genre de comportement…

    • Aucune justification, évidemment. Mais pour Yann, il est impossible de revenir en arrière. Il a eu la vie qu’il a eu, son père est mort depuis plus de 20 ans… Il faut qu’il vive avec, et ce bouquin a certainement pour lui une fonction thérapeutique.

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